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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 84.djvu/37

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évêques qui se démirent de leurs siéges n’étaient pas moins gallicans que leurs collègues qui ne crurent pas devoir suivre leur exemple. Il suffit de nommer le cardinal de la Luzerne et le cardinal de Bausset. Ce fut pendant son séjour à Londres que Thémines s’avisa de se déclarer pour le gouvernement de fait, que Napoléon exerçait en France. Il écrivit à sa Majesté Impériale et Royale une lettre, datée du 14 juin 1811, qu’il finissait par la formule de soumis et fidèle serviteur et sujet. Une si étrange démarche de la part d’un évêque qui avait fait valoir, parmi ses motifs d’opposition au concordat, la fidélité qu’il devait au roi, étonna tout le monde. En vain ses collègues s’efforcèrent de prévenir cet éclat, toutes leurs tentatives furent infructueuses. Thémines envoya et fit imprimer cinq lettres qu’il réunit dans un volume. La première était, comme nous l’avons dit, adressée à Napoléon ; la seconde, du 30 juin, même année, au prince de Talleyrand, les trois autres au pape, au concile de 1811, au clergé et aux fidèles de son diocèse. Se prétendant administrateur de la province ecclésiastique de Paris, pour le spirituel, il consentait à reconnaître Napoléon pour son souverain, à condition que celui-ci, à son tour, reconnaîtrait ses pouvoirs et sa juridiction. On pense bien que le marché ne fut pas accepté. Cet ouvrage est extrêmement rare. Le libraire de Londres qui avait acheté le manuscrit fut averti des dangers d’une pareille publication pour la cause des Bourbons, et, sans être arrêté par ses intérêts particuliers, il brûla l’édition presque entière. Thémines dut être un peu honteux d’avoir ainsi blessé un prince que sa position devait lui rendre plus vénérable et plus sacré, et de s’être aliéné le coeur de ses collègues et de tous les Français qui partageaient son exil. Tous les salons de l’émigration lui furent fermés, et il vécut pendant quelque temps dans la retraite ; mais il paraît qu’il se réconcilia depuis avec les évêques, et qu’il recouvra les bonnes grâces de Louis XVIII. Il ne rentra cependant pas en France avec la Restauration. Le 25 août 1817, il officia pontificalement, à l’occasion de la fête de St-Louis, dans la chapelle catholique de Kinq’s-Street, en présence de l’ambassadeur de France ; et il prononça un long discours, dans lequel il déclara qu’il était et serait évêque de Blois, jusqu’à la mort. Le 15 octohre de la même année, il écrivit au roi qu’il eût à faire cesser dans son diocèse le scandale de son absence et de son silence, et que le moment en était arrive. Il paraît que le roi n’en jugea pas de même, car le prélat ne retourna point à Blois. Voulant à toutes forces éclairer la religion du prince, il lui écrivit le 20 décembre une seconde lettre. Cette fois il ne parle plus de son retour dans son ancien diocèse, il se contente de maltraiter la cour de Rome, qu’il accuse d’expressions et de formes toutes profanes et anti-apostoliques, ce qui n’est ni vrai, ni respectueux. Dans sa dernière lettre, du 27 décembre, il s’annonçait comme l’évêque antique de la métropole, et disait qu’il en remplissait les devoirs sous le voile, dans la discrétion et les mesures que les circonstances et le respect commandaient. On ne voit pas trop quel est l’objet précis de cette lettre, à moins qu’on n’y reconnaisse un acte de juridiction qu’a voulu faire l’évêque antique. En