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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 84.djvu/33

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âge. La Eleccion por la virtud présente un développement plein d’intérêt du caractère à la fois pieux, austère et ambitieux que le poète, d’accord avec l’histoire, prête à Sixte-Quint. Les Exploits des Pizarres reproduisent avec une vérité frappante, l’indomptable énergie, l’esprit aventureux, les passions effrénées des premiers conquérants de l’Amérique, l’admiration qui s’attachait à leurs succès prodigieux, les fabuleuses exagérations qu’y mêlait la crédulité populaire. Dans la Republica al revès, on rencontre une esquisse vigoureuse des tracasseries et des querelles de famille qui troublaient la cour des monarques dégénérés du Bas-Empire. Malgré un talent poétique très distingué, malgré une habileté remarquable à tirer parti des traditions et des circonstances locales, aucun de ses drames historiques n’est resté au théâtre parce que l’intérêt s’éparpille sur un trop grand nombre de personnages, et qu’il y a trop de confusion et de prolixité. — Les comédies religieuses de Thellez forment une seconde classe ; les sujets sont puisés dans la Bible ou dans la légende. On ne se souvient plus de la Vida y muerte de Herodes, de la Joya de las montanas (Santa Orosia), de la Venganza de Tamar, quoiqu’il y ait dans cette dernière composition des beautés du premier ordre. La Muger que manda en casa reproduit avec beaucoup d’énergie les traits de Jézabel ; los Lagos de san Vicente rappellent la légende de sainte Casilde, fille d’un roi maure, qui se convertit à la foi chrétienne, et se consacra à la vie solitaire. Le plus important des drames de cette classe porte un titre qu’il faut paraphraser, pour le bien traduire : El condenado por descenfiado, Homme damné pour avoir désespéré. Un ermite, après des années d‘austérités, vient à douter des promesses célestes ; il se laisse entraîner au désespoir, il se regarde comme prédestiné aux flammes infernales ; il veut s’étourdir en se livrant à tous les excès ; il meurt couvert de crimes, dévoré de remords, mais n’osant pas faire à la clémence divine un appel dont il n’espère rien. Dans le même moment, un brigand, un assassin dont l’existence n’a été qu’une série de forfaits, mais qui n’a jamais désespéré entièrement de la bonté de Dieu, expire sur un échafaud, repentant et contrit. Son âme s’élève vers le ciel tandis que celle de l’ermite est plongée dans l’abîme. Des inspirations admirables, une exaltation et une foi ardente se mêlent dans cette œuvre étrange à des bouffonneries très-déplacées. — C’est dans les comédies d’intrigues de Thellez qu’il faut chercher ses véritables titres de gloire. On regarde en ce genre comme un de ses chefs-d’œuvre Don Gil de las culzas verdes, pièce qui jouit encore, après deux siècles et demi, d’une extrême popularité sur le théâtre de Madrid. L’intrigue est, comme d’usage, un modèle de complication et de vivacité. Les incidents se croisent et se multiplient ; les héroïnes rivalisent d’audace, de pétulance, de malice et de grâce. Marta la Piadosa met sur la scène, avec une hardiesse dont personne ne se scandalisait sous Philippe III, un tartufe femelle qui se livre à la fougue de ses passions, tout en affectant les dehors d’une piété rigide. Citons encore, comme présentant des caractères charmants, comme offrant en foule des traits vraiment comiques,