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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 84.djvu/32

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auteur aussi remarquable. On sait qu’il vit le jour à Madrid ; mais on ne possède pas la plus légère notion sur son compte jusqu’à l’an 1620. Vers cette époque, déjà âgé de cinquante ans, il entra dans l’ordre de la Merci, et il mourut, en 1648, à Soria dans un couvent, dont il était devenu prieur en 1645. Il avait précédemment été revêtu de la charge d’historiographe de son ordre pour la Nouvelle-Castille, et il avait le bonnet de docteur en théologie. Ce n’est qu’à ses pièces de théâtre qu’il doit sa célébrité, et sous le rapport de la fécondité, il faut reconnaître qu’il ne le cède pas à Lopez de Vega. Il annonce dans un de ses ouvrages qu’avant 1621, il avait composé plus de 300 pièces. On ne sait s’il continua de se livrer à une occupation aussi profane lorsqu’il fut entré dans la vie monastique ; ce qui est peu vraisemblable. La majeure partie de ses écrits a éprouvé le même sort que les compositions d’Aristophane et de Ménandre, bien qu’elles soient séparées de nous par un intervalle bien moindre. Le temps les a détruites, et le recueil de ses œuvres ne contient que 59 comédies ; encore en est-il, sur ce nombre, huit qui reviennent à divers écrivains. Quatorze autres sont éparses dans divers recueils, et trois se rencontrent dans los Cigarrales de Toledo (Madrid, 1621). Nous ne saurions mieux donner une idée du mérite de Thellez qu’en reproduisant le jugement que porte à son égard, dans la Revue des Deux-Mondes (1840), un écrivain qui a fait une étude sérieuse du théâtre espagnol : « Le génie de Tirso de Molina est d’une nature tellement singulière qu’il ne comporte aucune comparaison. Il ne faut chercher dans ses comédies ni l’art de disposer un sujet avec régularité, ni celui d’enchaîner, de préparer les incidents, de manière à les rendre vraisemblables. Soit par l’effet de sa propre nature, soit par celui de ses habitudes sociales, il est certain qu’on trouve dans ses écrits l’empreinte d’une grossièreté de mœurs qui forme un contraste étrange avec la délicatesse exquise de la plupart des maîtres de l’école espagnole. Mais ces imperfections s’effacent devant les rares et admirables qualités qui donnent à ses ouvrages une physionomie si particulière. Il est supérieur à tous ses rivaux par la richesse et la variété de sa poésie. Nul n’a possédé comme lui, le secret des innombrables ressources de la langue castillane ; nul n’a su la manier avec cette merveilleuse facilité, et en faire un instrument aussi souple, aussi flexible. Ses dialogues sont un modèle achevé de naturel, de grâce et de malice. Sans doute Tirso a peu de scrupules sur les moyens d’amener des effets puissants ; tout y est sacrifié, convenance, vraisemblance, possibilité même ; mais le plaisir qu’on éprouve à voir se développer en liberté cette ingénieuse et brillante imagination est si vif, qu’on lui pardonne les expédients bizarres par lesquels elle s’ouvre trop souvent la carrière. » — Les écrits de Thellez peuvent se partager en trois classes. Dans la première, nous rangerons les drames historiques. Ils sont bien loin d’être sans mérite. Nous trouvons dans la Prudencia en la muger un tableau animé et fidèle des luttes de la royauté et de l’aristocratie castillane, pendant le moyen