Ouvrir le menu principal

Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 84.djvu/30

Cette page n’a pas encore été corrigée


mort de cet homme si dévoué à toutes les légitimités fut pour ces royaux représentants un événement pénible, et qui ajouta beaucoup à leur propre infortune. Don Miguel, la duchesse de Berry, le comte de Chambord et la duchesse d’Angoulême, parlèrent de la perte du baron de Dordigné avec un attendrissement qui toucha profondément ceux qui en eurent connaissance. C’était un homme éminemment bon, généreux et d’une obligeance extrême. Son érudition ne le rendait point pédant ; loin de là, il était simple, modeste, conteur aimable, gracieux et spirituel. Avec des opinions sévères, il était très-tolérant pour celles des autres, et d’un esprit conciliant. Toujours excellent catholique, il eut le bonheur, durant sa maladie, en pleine connaissance, d’avoir plusieurs entretiens religieux avec un de nos plus célèbres orateurs, le R. P. Ravignan. Ses derniers voyages, pendant lesquels il fit, avec une grande célérité, près de mille lieues, avaient considérablement altéré sa santé. De sinistres pressentiments l’avertirent de sa fin prochaine, et il en parlait fréquemment. Quinze jours avant sa mort, il dit à un ami qui était venu le visiter : « Nous ne nous reverrons plus ! » Sa prédiction ne fut que trop justifiée ; il mourut le 11 juillet 1849. Son imagination vive, dévorante, a abrégé son existence ; et c’est bien de lui qu’on peut dire : la lame a usé le fourreau. Quelques jours avant sa mort, un ami lui ayant demandé s’il lui serait agréable d’apprendre les nouvelles du jour, il fit entendre qu’il en serait bien aise. On lui annonça l’entrée de l’armée française dans la capitale du monde chrétien. — « Et le pape, demanda-t-il vivement, est-il rentré à Rome ? — Non, lui fut-il répondu. — Oh ! alors tout n’est pas fini, répliqua tristement le pauvre mourant. » Sa dernière pensée lucide fut donc pour le Saint-Père émigré. La mort, enleva le baron de Dordigné au moment où il terminait plusieurs ouvrages sur les langues mortes. Les livres qu’il a publiés de son vivant, sans y mettre son nom, par excès de modestie, sont : 1º Légitimité portugaise, Paris, 1830, in-4º de 800 pages ; 2º D. Carlos et D. Miguel, — Oui ou non, est-il de l’intérêt des puissances légitimes et monarchiques de laisser périr dans la Péninsule la monarchie et la légitimité ? Paris, 1838, in-4º. 2º Leuchtenberg et Cobourg, Paris, in-4º.Z.

THÉBIT, ou plus régulièrement Thabit ben Gorrah, astronome et médecin arabe célèbre, naquit à Harrân en Mésopotamie, l’an 221 de l’hég (835 de J.C.). Il exerça dans sa jeunesse le métier de changeur de monnaies. Habile dans les langues arabe, grecque et syriaque, il ne tarda pas à se distinguer. Le sabéisme, dont il était sectateur, fut le sujet de ses premières études ; mais comme, dans ses ouvrages, il en attaqua les principaux dogmes, les innovations qu’il prétendit y introduire en irritèrent les sectateurs purs. Ils le traduisirent devant le juge, qui prononça son exil. Obligé d’errer longtemps, il rencontra enfin dans un village de la Mésopotamie Mohammed ben Moùça (voy. Moùça ben Chakir), revenant de l’Asie Mineure, et qui, informé de son mérite, le fit venir à Baghdâd, l’y reçut dans sa maison, l’instruisit dans l’astronomie et le présenta