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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 10.djvu/420

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laient ces peuples, qui n’avaient point encore l’usage des lettres, et commença ses prédications l’an 848. Le succès fut complet ; les Chazares et leur khân reçurent le baptême, et Cyrille partit pour aller convertir les Bulgares. Méthoode ou Metbodius, qui est appelé frère de Cyrille, et qui ne fut peut-être que son compagnon et son ami, le suivit dans cette importante mission. Les Bulgares, peuple scythe, avaient une origine commune avec les Slaves : chassés des bords du Volga par les Turks, ils s’étaient emparés de l’ancienne Mysie et de la Dace, c’est-à-dire de la Valachie, de la Moldavie, et d’une partie de la Hongrie. Leur roi Bogoris chargea Méthode, qui était moine (et à cette époque, les moines cultivaient avec succès l’art de la peinture), de peindre dans son palais un tableau qui pût glacer d’effroi les spectateurs. Méthode peignit le jugement dernier ; le roi barbare ému en le voyant, s’en fit expliquer le sujet, et Cyrille et Méthode saisirent cette occasion de lui faire connaître les dogmes des chrétiens. Bogoris se convertit, reçut le baptême 860, et prit le nom de Michel. Les Bulgares furieux se soulevèrent contre lui, mais la sédition fut apaisée ; Cyrille prêcha, et le peuple suivit l’exemple de son roi. Alors, le zélé missionnaire, suivi de Méthode, alla prêcher l’Évangile dans la Moravie. Les Moraves, ainsi que les Carinthiens, descendaient aussi des Slaves ; leur roi, nommé Rasticès, reçut le baptême, et bientôt après Méthode fut sacré archevêque de Moravie. Les premiers prédicateurs de l’Évangile introduisaient chez les peuples barbares l’étude des lettres, et Cyrille établit à Bude une espèce d’académie ; il traduisit la liturgie, les livres sacrés, et fit célébrer la messe dans la langue des peuples qu’il avait convertis. Les archevêques de Saltzbourg et de Mayence, s’élevèrent avec leurs suffragants, contre cette nouveauté ; ils portèrent leurs plaintes à Rome, mais le pape Jeau VIII permit de célébrer l’office divin en sclavon, ce qui se pratique encore chez la plupart des peuples qui descendent des Slaves, même à Aquilée et dans d’autres villes d’Italie [1]. L’opinion qui attribue à S. Jérôme l’invention de l’alphabet sclavon et la version de la Bible en cette langue est dénuée de fondement. Les lettres sclavonnes furent inventées par S. Cyrille, qui les forma d’après l’alphabet grec : « Nous approuvons, écrivait le pape Jean VIII à Suatopulk, duc de Moravie, les lettres sclavonnes inventées par le philosophe Constantin (Cyrille), et ordonnons que l’on chante les louanges de Dieu en langue sclavonne. » L’alphabet sclavon est encore aujourd’hui appelé cyrulique, du nom de Cyrille. Le palatin de Wolhynie, Constantin Basile, fit imprimer à Ostrog, 1581, in fol., la Bibla slaveno-Russica de la traduction de Cyrille, et il est dit sur le frontispice qu’elle a été imprimée characteribus Cyrillianis. Quoique Cyrille ait le titre d’évêque des Moraves dans les calendriers monastiques et dans le martyrologe romain, il paraît que ce titre n’appartient qu’à Méthode à qui le pape Jean VIII le donne dans sa lettre au duc de Moravie, écrite

  1. Le missel sclavon fut rédigé par l’ordre d’Urbain VIII, en 1631 ; il a été réimprimé à Rome en 1745. Le Bréviaire sclavon fut publié dans cette même ville en 1688, par ordre d’Innocent XI. On célèbre la lithurgie en sclavon dans les églises de Dalmatie et d’Illyrie quivent le rit latin, et dans celles des Russes et des Bulgares qui suivent le rit grec. Cet usage, approuvé dans le synode de Zamoski en 1720, a été confirmé par Innocent XIII et par Benoît XIV. Le sclavon dont on se sert dans la lithurgie est l’ancienne langue des Slaves d’où sont sortis les dialectes modernes, et qui est appelé le sclavon des écoles ou des savants.