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Page:Michaud - Biographie universelle ancienne et moderne - 1811 - Tome 10.djvu/417

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ferma les synagogues, chassa les juifs de la ville, fit raser leurs maisons, et livra leurs biens au pillage. Les juifs qui habitaient alors Alexandrie étaient au nombre de quarante mille, et ils jouissaient de divers privilèges qui leur avaient été accordés par les empereurs. Oreste, préfet d’Egypte, regarda comme un grand malheur qu’Alexandrie eût perdu tout à coup un si grand nombre d’habitants, et ne put supporter qu’un peuple furieux, punissant les crimes par la violence, n’attendît rien de la justice du magistrat. Il dénonça à l’empereur la conduite de Cyrille, qui, de son côté, chercha et réussit à se justifier. En même temps, Cyrille voulut se réconcilier avec Oreste ; il l’en conjura même par le livre des Évangiles ; mais Oreste se montra inflexible. Alors on vit cinq cents moines de Nitrie, partisans du patriarche, quitter leurs solitudes, et entrer menaçants dans Alexandrie. Ils attaquèrent le préfet sur son char, et dispersèrent son escorte à coups de pierres. Le peuple accourut à sa défense et les moines furent mis en fuite. L’un d’entre eux, nommé Ammonius, qui avait blessé Oreste au visage, fut saisi, jugé, et il expira sous les verges des licteurs. Cyrille recueillit son corps, le transporta processionnellement dans sa cathédrale, changea son nom en celui de Thaumase, c’est-à-dire, Admirable, et voulut le faire reconnaître pour martyr. « Mais, dit Fleury, les plus sages des chrétiens n’approuvèrent pas cette conduite, et peu de temps après, S. Cyrille lui-même laissa tomber la chose dans le silence et l’oubli. » La célèbre Hypatia avait ouvert dans Alexandrie une école de philosophie platonicienne. Oreste voyait souvent cette fille, qui surpassait tous les philosophes de son temps. On sema bientôt le bruit qu’elle était le seul obstacle à la réconciliation du préfet et du patriarche ; et, pendant le carême de l’an 415, des furieux conduits par un lecteur, nommé Pierre, l’enlevèrent de son char, la trainèrent à l’église appelée la Césarée, la dépouillèrent de ses habits, la tuèrent à coups de pots cassés (Fleury), et brulèrent ses membres au lieu nommé Cinaron. (Voy. Hypatia.) L’historien Socrate dit que ce meurtre attira de grands reproches à Cyrille et à l’élise d’Alexandrie. Théodose publia l’année suivante une loi pour réprimer les entreprises des parabolans : c’est le nom qu’on donnait aux clercs du dernier ordre, dont le nombre fut réduit à cinq cents ; et il fut défendu à tous les clercs en général de prendre part aux affaires publiques. Cyrille avait concouru avec son oncle Théophile, dans l’odieux conciliabule du Chêne, l’an 403, à la déposition de S. Jean Chrysostôme, dont il refiisa long-temps d’inscrire le nom dans les dypliques; mais il céda enfin (l’an 419) aux vives instances d’Atticus et d’Isidore de Péluse (Voy. Chrysostôme). Nestorius, patriarche de Constantinople, commençant alors à répandre sa funeste doctrine, ouvrit une plus vaste et plus noble carrière au zèle de Cyrille. Ce prélat dénonça la nouvelle hérésie aux chefs de l’empire et de l’église, aux moines d’Egypte, à l’Orient et à l’Occident. Le pape Célcestin fit condamner Nestorius dans un concile tenu à Rome l’au 450, et chargea Cyrille de faire exécuter la sentence de déposition. Cyrille écrivit à Nestorius plusieurs lettres pour le ramener par les voies de la douceur, mais Nestorius répondit avec emportement. Il avait des partisans à la cour de Constantinople. Cyrille écrivit à l’em-