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appendice

les Martel qu’il avoit tant (fol. iiijc lxij) longuement et si mortellement guerroié, pour laquelle cause, comme il maintenoit, si grant nombre de vaillans hommes et de bon pœuple estoit mort, que plus de trois cens mile hommes avoient celle guerre comparée, dont c’estoit pitié et douleur. — « Certes, sire preudhomme, » respondi le noble duc Gerard, « vous dittes trés bien, mais se j’en avoie le pouoir, ancoires en fineroit il par glaive autretant ainchois que je n’en venisse a mon dessus. Et, si c’est vostre plaisir, je vous recompteray dont la guerre d’entre Charles Martel et moy proceda[1]. » Adont le trés noble prince Gerard luy prinst a racompter du commencement jusques en la fin en gros les aydes, les services et les plaisirs qu’il avoit fais a Charles Martel du temps de Marsebille, sa premiere femme, comment il avoit traveillié pour le faire couronner roy, et comment il avoit menée a fin la guerre qu’il avoit eu a l’encontre de Hillaire, duc d’Acquitaine. Et puis luy racompta les conditions et comment ilz s’estoient mariez, et comment le roy[2] et pourquoy il [avoit] voulu avoir la femme qu’il avoit fiancée en change de la sienne quy luy estoit envoyée a sa requeste de Honguerie. Et pour ce faire, comment il luy avoit nettement quittié tout le paijs de Bourgoingne et tous les hommages des autres terres qu’il tenoit de luy, et que après toutes ces choses il l’avoit fait sommer de venir a sa court pour lui faire hommage de la terre de Bourgoingne et de toutes les autres terres qu’il tenoit, et pour ce qu’il avoit esté reffusant de ce faire s’estoit leur guerre encommenciée.

(vo) Tout par loisir escouta le saint homme, les raisons du vaillant duc Gerard lequel en nulle maniere ne voulu son grant courage desmouvoir de la hayne mortelle qu’il avoit au roy Charles Martel, mais il vouloit sçavoir en conclusion qu’il estoit advenu de leur guerre, sur quoy Gerard luy respondi, disant : « En verité, beau pere, de nostre guerre il est ainsi advenu que la plus part de mes hommes y ont esté mors et detrenchiés.

  1. L’exposé qui suit, jusqu’à l’endroit où est placé le renvoi au § 518, se rapporte à des événements racontés plus haut, d’après une source autre que notre chanson de Girart de Roussillon.
  2. Sic, lacune ? où faut-il substituer le roy à il qui suit.