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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/92

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MERCVRE DB FRANCE— 16-1-1509 rable. » Monseigneur terminait en annonçant qu’il installait M. l’abbé Picquenet dans la cure de Beauséjour. Le vénérable abbé pourrait ainsi continuer l’éducation du vicomte. M. l’abbé Picquenet apprit en même temps sa nomination, qu’il n’attendait plus. M. de La Musardière courut auprès de Mme de La Musar­ dière qui s’indigna. La présence d’un chapelain au château flattait la vanité de la comtesse. La pensée qu’il n’v serait plus la mettait hors d’elle-même. Elle engagea son mari à aller trouver sans plus tarder l’évêque. — Je ne sais trop, dit le comte à l’abbé, avec qui il courut tout d’abord s’entretenir, quelle mouche vient de piquer Mon­ seigneur. Nous en sommes, ma femme et moi, fort ennuyés. Je ne doute pas que vous n’ayez vous-même de la tristesse à abandonner la tranquillité du château pour un service parois­ sial, qui ne pourra manquer de vous être pénible. M. l’abbé Picquenet répondit en feignant la surprise que lui causait cette nomination, reçue le matin même. Il ajouta que ce lui serait une grande peine de quitter celte maison, mais sa mission de prêtre l’obligeait aux plus grands sacrifices. Sans doute, Monseigneur avait d’excellentes raisons de pren­ dre cette détermination. Il ne pensait pas qu’il la changeât. L’abbé dit toutes ces choses avec un extraordinaire naturel. M. de La Musardière ne s’en disposa pas moins à se rendre à Vince, tandis que M. l’abbé Picquenet allait entretenir de la nouvelle M. l’abbé Judule. M. le curé de Beauséjour montait précisément au château quand M. l’abbé Picquenet descendait vers le village. II se rencontrèrent à mi-chemin. M.Judule grimpait la côte d’un pas guilleret, malgré sa cor- pulence. Son visage exprimait une joie fière. Sa nomination à un archiprêtré et son élévation à un canonicat honoraire étaient, pour lui, inattendues. — Vous aurez, dit-il à l’abbé, un excellent poste à Beausé­ jour. Les paroissiens, malgré leurs écarts politiques, sont gen­ tils. Il ne se passait pas de jour que je ne reçusse des ceufs, des fruits, du beurre, du fromage ou du gibier, selon la saison. Quand l’abbé Judule apprit que Monseigneur supprimait le chapelain des La Musardière,il en manifesta du contentement.