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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/91

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LES SOUTIENS DE L’ORDRE pensa qu’il devait paraître ignorer le chagrin de MUed cL a Mu- sàrdière. II sembla ne pas comprendre, et lui conseilla la prière, qu’il appela la plus grande des joies. Puis, il la salua et sortit. Mlle de La Musardière remonta chez elle, désillusionnée.Cela se passait à la fin de septembre, à l’époque des vendanges. Des femmes, qui portaient sur la tète des corbeilles de raisins, descendaient le long des coteaux ; les vieilles étaient drapées dans des robes couleur de feuille morte, et les jeunes avaient des jupons courts aux couleurs voyantes. Des charrettes rou­ laient lourdement, et des hommes, juchés sur les bennes, s’interpellaient en brandissant des mains rougies par le sang des raisins. L’été jetait ses dernières lueurs ; c’était l’époque où ilsemble qu’une vie cachée renaît une dernière fois, plus puissante, avant le sommeil de l’automne. OuandM11*de La Musardière se trouva seuledans sa chambre, elle se redressa comme une tige flexible trop longtemps cour­ bée. Elle aurait désiré mener la vie de ces vendangeurs et de ces vendangeuses, dont elle entendait les chants et les cris dans la campagne alanguie. Pour la première fois depuis longtemps, elle se montra, au dîner, plus gaie qu’à l’ordinaire, mais sa gaieté était maladive. M. J’abbé Picquenet attribua ce changement à sa visite à la chapelle. Il lui sourit,pour lui faire part de son contentement; elle tourna brusquement la tète sans lui répondre. Cela eut pour effet de le faire rougir de dépit, tandis que M. de Lar­ mance s’étendait avec complaisance sur les qualités des che­ vaux, dont il se vantait, dans l’intimité, d ’avoir la connais­ sance, autant que des femmes. XIV Un matin,M . de La Musardière reçut une lettre de Pévêché. Monseigneur se décidait à lui demander de consentir à la sup­ pression de sa chapelle particulière. Cette lettre de l’évéque voulait être persuasive. Elle représentait au comte de quelle importance serait ce sacrifice pour le succès de la cause qu’il défendait. Les de La Musardière donneraient désormais, cha­ que dimanche, l’exemple de leur piété à la population de Beauséjour : « Nous offrons, lui écrivait l’évéque, trop souvent occasion à la critique, en usant pour nous de privilèges, ou en favorisant les familles dontla situation sociale est considé­