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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/89

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LES SOUTIENS DE L’ORDRE qu’elle épouserait M. de Larmance, s’efforçait de consoler sa sœ ur dans l’intimité, en lui faisant espérer un bonheur futur, plus grand peut-être, qui la dédommagerait de son caprice contrarié. Mais cela ne faisait que causer de plus profonds énervements à MlleLucile de La Musardière, à tel point qu’un jour elle menaça de battre Christine. Madame leur mère n’avait pas beaucoup plus de succès dans ses consolations. Elle parlait, malgré son âge, des choses de l’amour avec un sérieux mêlé d’espiègleries, et il transpa­ raissait, sous ses propos, qu’elle en devait posséder l’expé­ rience. — Ma fille, disait-elle à Luci!e,tu as tort de te désoler. Qui n’a connu de tels chagrins? Les premières amours ne suffisent point, d’ordinaire, à illuminer toute une vie. Elles brûlent à Ja manière de feux d’artifice dont il reste seulement un peu de fumée.Tu y gagneras de ne point connaître les désillusions fâcheuses. Il n’est pas d’amour de qui il faille moins attendre que de celui qui fait espérer le plus. Nous te trouverons quel­ que bel homme dont tu n’espéreras rien; il te causera assez d’agréables surprises,pour que tu lui en conserves delà recon­ naissance. Nous ferons qu’il ait un beau nom. Tu resteras, avec lui, une de La Musardière, comme je suis demeurée,avec ton père, une de Phocans. Mais ces bonnes raisons nefaisaientqu’irriter davantageM110de La Musardière. Elle restait des heures, accoudée à la fenêtre de sa chambre, dans une immobilité farouche, à regarder Chris­ tine au bras de M.de Larmance,suivis, comme il convenait depuis qu’ils étaient fiancés, par M®» de La Musardière. Les parties de tennis, avec les du Rosset, les de La Goize, et quel­ ques officiers de la garnison, entre deux équipées de cheval, ranimaient, pour elle, d ’anciens souvenirs. Elle revivait dans sa mémoire certaine aventure, où elle avait éprouvé une im­ pression confuse, tellement la douleur s’y était mêlée à l’agré­ ment ; et tout cela, d’une façon si soudaine, qu’elle avait maintenant la curiosité de la recommencer, pour en mieux savourer les détails. Chaque fois qu’elle y pensait, elle éprou­ vait comme un élan de toute elle-même vers son amant, et il lui prenait des désirs de pleurer en songeant à lui. Elle comprit bientôt qu’en entrant dans la famille de La Musardière, lelieutenant de Larmance entendait en épouser les