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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/81

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LES SOUTIENS DE L’ORDRE ai parlé àM. duRosset,àM. deLa Goize, qui sont gens de bon sens. Iis m’ont répondu : « Certes, nous faisons, sur la plupart des idées de Binet, des réserves formelles , il n’en a pas moins nos sympathies. Il est homme de talent. » Mais nous ne ledirons pas trop haut pour ne pas vous compromet­ tr e ; nousvous combattrons même avec ménagement dans nos journaux. Celui dont nous ne voulons pas, c ’est Gambade. Ceux que nous redoutons sont Grataloup et Rasclard. Nous faisions, ily a quelquesjours, M. de La Goize et moi, le cal­ cul du nombre de voix que vous pourrez obtenir. Il vous faut compter sur toutes les voix libérales ; elles sont nombreuses. Bien que vous n’ayez jamais donné de gages à ceux qu’on nom m e, bien à tort, les réactionnaires, vous n’en avez jamais accordé non plus au sectarisme et au parti de la désorgani­ sation sociale. Le visage de Binet en manifesta du plaisir. — M. de La Goize, répondit-il, m ’a confié le procès qu’il a avec son fermier ; M. du Rosset, celui qu’il intente à la Com­ pagnie des chemins de fer. J ’ai reconnu là, monsieur le comte, lebénéûcede votre recommandation auprès de vos deux amis. Je vous en remercie. — Votre talent plaît à ces messieurs, dont l’influence, vous le savez, est considérable dans la société de la région. Ils voudraient, je vous assure, que vous devinssiez leur député. — Nous ferons nos efforts. Malheureusement, je ne doute pas que Gambade n’ait pour lui le gouvernement. La pression officielle s’exercera en sa faveur. Les fonctionnaires les plus humbles deviendront ses agents électoraux. Il est triste qu’un vieux républicain comme moi doive l’avouer; tout se passe aujourd’hui comme sous l’Empire. — Cela veut dire, monsieur Binet, ah !je vois où vous allez en venir, qu’il ne vaut point la peine que nous soyons en République. C ’est là aussi mon avis. — J’imagine difficilement, monsieur le comte, l ’attitude que prendra à mon égard le parti radical, le jour où j’annoncerai m a candidature. 11 me sommera probablement de ne point dis­ puter, par discipline, la place à Gambade. Maisj ’écouterai d’a­ bo rd ma conscience. Mon intention est debriser d’une manière éclatante avec ce parti, pour devenir un républicain sans épi- thète. D ’ailleurs, le parti radical, ennemi de la liberté, me 18