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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/80

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MERCVRK DE FRANCK— 1611909 suicide de MH®de La Musardière l’émut. II se demanda si son devoir n’était pas d ’intervenir. Ce devait bien être, se dit-il, MllBLucile de La Musardière et ?le lieutenant Fouilloux, qu’il avait cru voir se livrer à des mouvements mystérieux, au clair de lune. Il se rappela les conseils de prudence de Mgr Saint-Eloy. Il accusa une fois de plus M. Deville de tout le le désordre cette maison. « Ce prêtre, pensa-t -il, se plaisait dans la corruption. » Puis peu à peu, le calme revint. Long­ temps encore, il entendit les voix de M“eet M. de La Musar­ dière. Enfin, le château se tut, les croisées s’éteignirent. Alors, il demeura à sa fenêtre, et, pour oublier les ennuis de cette journée, il s’éleva à de hautes spéculations, que lui inspirait la contemplation des étoiles. — Il est possible,se disait-il,qu’elles soient des soleils, etles planètes, des mondes comme la terre. Quand bien même ces mondes seraient plus grands que le nôtre, et existeraient pour d’aulres raisons que l’ornement de nos nuits, la terre n’est-ellc pas le plus grand quand même, puisque l’homme y habite? Et M. l ’abbé Picquenet s’endormit, ce soir-là, apaisé par cette pensée consolante. XII M.de La Musardière et Binet devenaient les meilleurs amis. Le comte faisait avec science la conquête de son maire, tan­ dis que Binet tirait vanité d’être reçu au château. Leurs cau­ series d’ordinaire touchaient à la politique. Un jour Binet avait déjeuné chez les La Musardière; le comte l’entraîna, après le repas, dans son cabinet de travail. La chaleur, au dehors, était étouffante. M . de La Musardière fit servir des boissons fraîches. De grands rideaux rigides et transparents tamisaient la lumière. On entendait, de l’intérieur, chanter les jets d’eau du parc. Sur la table de travail de M. de La Musardière, une Diane de marbre dressait sa nudité gracile et blanche. — Alors, vous serez mon candidat, dit fort sérieusement M. de La Musardière. — Cela voudra dire, monsieur le comte, répondit Binet, que vous volerez pour un républicain, et que je vous aurai converti. — Que vous le vouliez, ou ne le vouliez point, vous serez noire candidat, répéta en souriant M. de La Musardière. J ‘en