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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/55

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ECCE HOMO

— de plus méchant. Si l’on veut se faire rapidement une idée à quel point avant moi tout était placé la tête en bas, il faut commencer par la lecture de cet ouvrage. Ce qui, sur la page de titre, est appelé idole, c’est précisément ce qui jusqu’à présent a été appelé vérité. Crépuscule des idoles, cela signifie : la fin des vérités anciennes commence…

2.

Il n’y a pas de réalité, il n’y a pas « d’idéalité » qui ne soient touchées dans ce livre (— touché ! quel euphémisme circonspect !) Non seulement les idoles éternelles, mais encore les plusjeunes,parconséquent les plus séniles, « l’idée moderne » par exemple.Un grand vent souffle à travers les arbres, et, de tous les côtés, les fruits tombent sur le sol — ce sont des vérités. Il y a dans ce livre le gaspillage d’un automne trop abondant. On trébuche sur les vérités, on en écrase même quelques-unes, — elles sont trop !… Mais ce que l’on finit par prendre dans la main, ce n’est plus rien de problématique, ce sont des choses décisives. Moi seul, je tiens la mesure pour les « vérités », moi seul je suis capable de juger. C’est comme si une deuxième conscience s’était éveillée en moi, c’est comme si la « volonté » avait allumé en moi une lumière qui éclaire la pente oblique sur laquelle elle est descendue jusqu’à présent toujours plus bas... Cette pente oblique, on l’appelait le chemin de la « vérité »… C’en est fini de l’ « obscure impulsion ». L’homme bon avait précisément le moins conscience du bon chemin... Et, très sérieusement, personne ne connaissait avant moi le bon chemin, le chemin qui mène en haut. Ce n’est qu’à dater de moi qu’il existe de nouveau des espoirs, des tâches, des voies vers la culture dont le tracé est indiqué. Je suis le joyeux messager de cette culture… Par là même je suis aussi une fatalité. —

3.

Immédiatement après avoir terminé l’œuvre susdite, et sans même perdre un seul jour, j’attaquai la tâche formidable de la Transmutation, animé d’un sentiment de souveraine fierté que rien n’égale, certain à chaque minute de mon immortalité et inscrivant, un signe après l’autre, sur les tables d’airain, avec la certitude d’une fatalité.