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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/49

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LLi MASQUE DE FEU les du prisonnier et de l’abbé Pregnani sont reconnues : d’où les allègements apportés à sa captivité, le respect manifesté par Saint-Mars, etc. Le sort du prisonnier subit en même temps les fluctuations de la politique générale : à certains moments, le Grand Secret diminue d’importance; à d’autres,il en reprend,et alors arri­ vent les lettres pressantes de Louvois etde Barbezieux, ordon­ nant une surveillance plus rigoureuse. Enfin l’emprisonnement à la Bastille, au lieu d’une mise en liberté, fût-ce conditionnelle, s’expliquait par le désir de Louis XIV d’avoirsousla main un prétendant, duquel jouer,au trône d’Angleterre,les attestations deCharles étant conservées dans les Archives des Jésuites à Rome. Telle est la série d’hypothèses, au moins ingénieuses, de monseigneur Barnes. Il va de soi que la lettre de Lionne à Colbert sur les éloges faits par l’abbé serait destinée à « bou­ cler l ’affaire ». Et sans faire d’autres critiques de détail, je pose seulement à mon tour une question à mes lecteurs : Quelqu’un peut-il retrouver les traces de l’abbé Pregnani aprèsjuillet /66g? Que l’abbé Pregnani soit le valet Eustache Dauger et l’homme au masque de velours, cela est assez plausible : les allures du prisonnier furent bien celles d’un ecclésiastique, et sa qualité d’astrologue a pu lui faire attribuer à cette époque une puissance spéciale. D ’où aussi les précautions contre une évasion qu’on croyait sans doute plus aisée à combiner pour lui que pour d’autres; d’où peut-être un curieux incident, postérieur à la mort de Foucquet, le « prisonnier de la Tour d’en Bas» semblant avoir eu l’idéede distilleroude faire quel­ que opération chimique. Faire pourtant de la lettre de Lionne à Croissy, dans laquelle il dit,à deux reprises au moins, qu’il a vu l’abbé, qu’il lui a parlé, et que l’abbé a parlé à bien d’au­ tres de Croissy, avec force éloges, faire do cette lettre une imposture destinée à empêcher l’identification de l’abbé et du valet Eustache Dauger, c ’est assez hasardé. Identifier Jacques de la Cloche à l’abbé Pregnani l’est davantage encore, comme je l’ai indiqué brièvement : avant sa mission, ce théatin était connu de maintes personnes. Il est difficile de croire que Jacques de la Cloche, venu à Londres en janvier, d’après la supposition de Mgr. Barnes, ait pu 16