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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/188

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38o MERCVRE DK FRANCE— 16 1-1909 appréciations un peu fantaisistes : j ’y suis compié notamment pour un « disciple et imitateur de Mm®Rachilde », ce qui étonnera autant que moi cette femme d’esprit et cet écrivain de grand talent. Toute critique d’opinion sur mes livres me laisse indifférent, et en tous cas muet. Mais il me semble parfois opportun de relever des erreurs de fait touchant ma personne. J ’y suis contraint présentement par l ’ étrange phrase suivante: « D’origine sémitique,M .Mauclair a le génie de sa race... » Les auteurs tirent parti de cet argument pour bàlir en quelques mots ma psychologie. Le malheur, c’est que je ne suis aucunement d’origine sémi­ tique. Il m’est arrivé d’être qualifié, moi Parisien, d ’écrivain belge, parce que j’avais conférencié en Belgique et écrit sur l’art et les lettres de ce pays ! C’était aussi exact que mon sémitisme, et cette fois j’ignore d’où l’erreur peut proveuir.Me voilà forcé de vous prier d’accueillir les détails suivants : .J’ai été baptisé à l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, à Paris, j ’a i fait ma première communion en 1883 dans la chapelle du lycée Louis-le-Grand, et j’y ai été confirmépar Mgr di Rende, alors nonce du pape. Un de mes oncles paternels est mort chanoine de la cathédrale de Metz, et l’abbé Faure, aumônier de la Roquette, fut mon parrain. Mes ascendants de Sarrebourg et Saverne étaient plutôt antisémites : en tous cas, plusieurs furent élevés dans des séminaires. Ce n’est pas d’un intérêt palpitant : mais enfia, pour l’amour de la simple vérité, il faut bien que j’apprenne ces détails à MM. Van Bever et Léautaud, et à quelques-uns des lecteurs qui feront de leur notice ud article de foi... pas très catholique, d’autaat moins que ces messieurs n’ont fait cette découverte que dans leur nouvelle édition; mon sémitisme n’existait point pour eu x dans la première version de leur notice. Je tiens l ’antisémitisme pour une manie absurde en son principe et répu­ gnante en ses conséquences. Quelques-uns de mes plus intimes amis sont israélites : leur générosité, leur droiture, leur délicatesse, leur dignité morale me touchent profondément. Si j’étais né juif, je serais très fier de l’être. Mais le fait est queje ne le suis pas. C’est la scie du jour que de voir du sémitisme partout. MM.Van Bever et Léautaud,en préparant leur ouvrage, m’ont demandé des poèmes et des notes bibliographiques : j e me suis mis sans détiance à leur entière disposition, il eût été plus simple et plus cour­ tois de me consulter aussi sur ce point-là. Il me reste à vous remercier pour l’insertion de cette rectification pai­ sible, mais formelle. Bien amicalement à vous. CAMILLE MAUCLAIR. i L’anniversaire delà mort dePaul Verlaine. — Jamais la réu­ nion commémorative annuelle des a Amis de Paul Verlaine » n’avait été si nombreuse que le dimanche 10 janvier, et, dans le discours qu’il prononça au cimetière, M. Edmond Lepelletier a pu commenter ce fait assez rare que le temps fortifie au lieu d’affaiblir le souvenir de Verlaine chez ses contemporains. M . Félix Georges a dit ensuite une poésie.