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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/182

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374 MERCVRE DE FRANCE—i6-i -ie,og chés.Des « affaires » furent, contre toute attente, conclues aux stands où telle maison exposant ses carcasses de toile vernie, ambitieu­ sement dénommées Modèles N ,N bis...yet scs moteurs de la première heure, a pu apposer sur ces appareils les pancartes traditionnelles : aVenduàMM.X,Y,Z... ».Quefaut-ilenconclure? — La route de l’air est ouverte! C’est là du moins l’opinion la plus générale, renforcée par une efficace publicité, des articles dithyrambiques, un engrais abondant d’interwievs, fertiles en prévisions suroptimistes, une pluie d’éloges «t de monnaie qui favorise en ce moment la pousse, drue comme l’herbe, des petits morceaux de bois hâtivement ajustés, fleuris de soie vernie, agrémentés des plus fantastiques dispositions de cylin­ dres en V, en étoile, en X, quel’on aitjamais rêvées. Cependanlquelques sages, timidement, dans des bas de colonne de journaux vagues, comparaient l’aéroplane à l’automobile, émettant, sans être beaucoup lus, cette idée judicieuse que la seconde, m algré son poids, réalisait, munie d’un moleur de même force, des vitesses incomparablement supérieures à celles du premier, et qu’il était pru­ dent d’en conclure que celui-ci demeurerait probablement un sport coûteux, ne deviendrait jam ais un moyen de locomotion économique. D’autres, plus rares encore, feuilletant de vieilles estampes, relisant d’antiques gazettes, des mémoires centenaires, songeaient qu ’au départ des premiers aéronautes, dans la fumée des salves d’artillerie, on avait employé la même expression touchant « la route de l’air », formule acceptée avec une identique envolée de lyrisme heureux, une semblable explosion de joie universelle, alors qu’en réalitécette route, prématurément crue ouverte, devait se terminer bien vite en ce fâcheux cul-de-sac, au -dessus duquel le ballon sphérique se balança longtemps, longtemps, avant d’engendrer le dirigeable. Jusqu’à pré­ sent ces gens sceptiques qui,lorsque l’on parle devant eux de l’aéro­ plane ouvrant la glorieuse « route de l’air », se demandent in petto : — Ne serait-ce pas plutôt une nouvelle impasse? n’ont pas osé le dire tout haut. Du reste, eussent-ils essayé, qu’il est probable qu’au nom des intérêts sacrés de la civilisation,du progrès, de l’industrie nationale — il y a des constructeurs, des ateliers, des commandes, tout un peuple d’ouvriers... on connaît le reste — on ne les aurait pas laissés faire. Il nous a donc semblé intéressant, ici où de telles préoccupations ne sont pas de mise, non seulement d’exprimer cette idée, parût-elle sacrilège, mais encore de rechercher s’il ne conviendrait pas d’y voir un pronostic sur l’avenir de l’aviation, plus certain et mieux fondé que l’opinion contraire, quelque paradoxal qu’en ce moment cela puisse paraître.