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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/178

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MEHCVRK DK FRANCE— 16-1-1909 tant pragois que campagnards (là Première Tchèque, A TAube, Pages d’une Chronique de fam ille, Autres pages, le Double éveil, l’Amour du poète, Au carrefour), où l’on trouva le récit du propre éveil de l’auteur à la conscience nationale, ses idées sur la mission de l’art, sur l’éducation de la femme et l’amélioration de sa condition sociale, autant qu’un tableau exact de la société de son époque. De 1867 à 1878, elle est à l’apogée de son talent, et c’est la série de ses meilleurs romans campagnards de la région de Jested : la Croix au bord du ruisseau, Un Roman villageois, la Dernière Mmt>Hlohovska, qui peint l’époque de Joseph II, la Reine a u x clo­ chettes, qui se passe à l’époque de la réaction sous Léopold II et au commencement du règne de François I,r; l’Aurore et Cette nation qui racontent le réveil national ; Pierrot le noir, qui met en scène le monde pittoresque des maquignons ; la Fille du désert et Debo- rah, qui traitent de la vie de la haute société pragoise, des questions religieuses, du bonheur conjugal, Un moment, te Commencement et la Fin, bref, vingt-deux romans. De 1878jusqu’à sa mort, troi­ sième période et trente-neuf œuvres de moindres dimensions, his­ toires du vieux Prague, scènes des années 48. Elle semble avoir entièrement rompu avec le romantisme ; elle s’attache à la stricte vérité, mais ses œuvres sont de plus en plus tendancieuses : elle touche à toutes les questions contemporaines, aborde les plus infimes m ilieux populaires, et cherche continuellement à faire œuvre d ’édu- catrice. Elle a quelques types fortement accusés, qui restent bien dans la mémoire, signalés parfois par des actes d’énergie,d’un fier accent de vérité, et qui durent lui avoir été racontés dans le pays. Tel ce Michal qui, en pleine fôte populaire et religieuse, tire sur une statue de Saint Jean par de Nepomuk, dont on se servaitpour faire de faux miracles et mieux contenir les serfs; tel ce Vit, rêveur et original, qui, à l’avènement de Marie-Thérèse, plante ce Mélèze de VImpéra­ trice, symbole d’un loyalisme, poussé jusqu’à l’héroïsme sous Joseph II; ou encore ce lettré, Benjamin, qui, dans le Dernier Ermite, grimpe au sommet d’un arbre qu’on abat, pour en diriger la chute sur le seigneur délesté, ou tout au moins l’écraser en lui tombant dessus, le tuer en se tuant lui-même. Naturellement, comme son émule de France, Carolina Svetla prêche le droit à l’amour, mais est loin de lui accorder tous les droits. Sa morale est beaucoup plus élevéeque celle de George Sand, tout comme sa vie infiniment plus digne. Elle n’admet guère les écarts des sens et ne permet qu’à l’amour les actes, qui, chez certains, en tiennent lieu uniquement. Ses personnages sont toujours des caractères entiers, faits tout d’une pièce, et au développement, à la formation desquels on n’assiste pas. Sa psychologie n’est pas analytique, mais descriptive. Tel est le résumé de cette substantielle biographie dont beaucoup de pages