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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/175

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REVUE DE LA QUINZAINE 367 lettre de protestation contre l’auteur de la contrefaçon littéraire et la revue qui lui a donné accueil. La protestation est d’autant plus légitim e que les Pierres nous donnent l’histoire d’une famillede gentilshommes campagnards dont l’existence trafique rap­ pelle, ou du moins semble rappeler sérieusement, l ’histoire dram a­ tique de la famille régnante en Russie depuis la mort d’Alexan­ dre III. Le roman commence au moment où le vieux Liguine, dans une querelle avec son fils Alexis, tombe frappé d’apoplexie. Madame Liguine, pour mettre en ordre les affaires de famille qui risquent d’ôtre compromises par les débauches de parents qui entraî­ nent Alexis dans la dépravation, bien que fiancé à une excellente jeune fille, Hélène, plus pauvre que lui, arrange les choses de telle façon que le m ariage est célébré devant le moribond qu’on transporte dans la chapelle de la maison. Alexis devient maître des richesses, des domaines et de la vie des habitants des terres de sa famille. Sa jeune femme, élevée et instruite à l’étranger, l’avait prévenu de ses tendances libérales et de scs projets d’émancipation et de réformes dans l’administration de ses terres et de ses fabriques. Mais, sans caractère ni volonté, tiraillé entre la femme qu’il aime et sa mère et ses intendants, auxquels il laisse le soin de tout faire, il amène la catastrophe.il voit d’abord sa femme s’éloigner de lui et ses paysans et ses ouvriers s’assembler dans une formidable jacquerie dont nous vîmes ces dernières années plus d’un exemple en maints endroits de la Russie. Je passe sur certains épisodes qui rappellent certains évé­ nem ents de l’histoire russe des dernières années. Y peut-on voir des allusions politiques? Doit-on dévoiler les noms des personnages vivants ou historiques si tant est que les Pierres soient un roman à clef? Personne ne l’admettra même pour un critique littéraire, encore moins pour un traducteur, surtout dans les conditions que j’ai expliquées plus haut. Toujours est-il que cette histoire de trans­ position a fait grand bruit et d’aucuns voudraient voir dans Hélène, restée, après la révolte, seule dans un hôpital, le symbole de la grande Russie, délivrée de son passé, malade encore, mais apte, une fois guérie, à commencer une nouvelle vie de liberté. Il ne me reste guère de place pour parler des nouvelles œuvres dramatiques qui alimentèrent, ces dernières semaines, les feuilletons de théâtre. En premier lieu, je dois placer les deux pièces des deux plus popu­ laires écrivains « jeunes » dont j’ai eu déjà l’occasion de parler, les Femmes, de M. DavidAïsman, etl’Argent,de SemenSou- chkévitch. M . Aïsman touche à une question qui intéresse au plus haut degré la vie des écrivaius et des artistes : quelle peut et doit être la femme de l’artiste, celle qui, par les hasards de la vie, est sa fem m e physique, ou l’autre qu’il rencontre qui serait plus utile à