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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/174

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par moment son impartialité trop loin en reconnaissant à certains « jeunes » un talent qu’ils ont encore à montrer. Mais dans son ensemble le livre de M. Wenguéroff non seulement vient bien à pro­ pos, mais il fait un bilan général de la dernière époque littéraire russe que l’historien appréciera grandement et dont la conclusion est certainement la vérité même. Il y a lorgtemps que je me proposais de présenter aux lecteurs un écrivain au talent probe et vigoureux et qui, de plus en plus, conquiert les sympathies du public russe. J ’ai nomméM. A . AI. Fedo- voffy auteur ayant déjà un bagage littéraire considérable. Ses ro­ mans«LaTerre», « LaNature », a C’est leSteppe»;ses« Im­ pressions de Voyages » (dans les deux Mondes), ses recueils de Poèmes, de Récils, et de Pièces, d ’une lecture attachante, sont entre les mains de tous les lecteurs qui ont assez des descriptions érotiques et maladives des romanciers de ces dernières années. Je ne puis malheureusement pas m’arrôter plus longuement aux œuvres de M . Fédoroff, ni même à son dernier roman Podvig (l’Exploit), histoire touchante et d’un grand souffle littéraire, de l’exploit d’un fils qui fait le malheur de ses parents et qui fera peut- ôtre le bonheur du peuple et de la patrie. Je suis obligé, en effet, de dire quelques mots de son roman précédent,Les Pierres, auquel arrive une histoire vraiment extraordinaire. A peine paru, le roman est devenu, grâce à l’absence d’une convention littéraire (avis aux adversaires retardataires de la convention de Berne!), la proie d’un traducteur peu scrupuleux qui s’empressa de le traduire et de le publier dans une revue parisienne. Vous me demanderez où est l’histoire extraordinaire et où en est le mal. Jusque-là, rien d’extra­ ordinaire, en effet, pour les « pirates littéraires ». Mais voici où l’af­ faire se corse. Le traducteur audacieux a cru bon d’ajouter au roman de M. Fédoroff et d’y changer tous les noms en leur substi­ tuant ceux de la famille et de la cour impériale de Russie! Du coup, le roman changea de caractère et devint un pamphlet politique. Au point de vue purement littéraire — propriété et droit d’auteur mis à part ! — ce n’est déjà pas mal comme contrefaçon, mais vu que l’affaire touche les choses de Russie elle a pu avoir des consé­ quences sérieuses au point de vue politique et policier. Rappelons à ce propos le sort de M. Amphitéatroff, qui, pour une pochade moins sérieuse, un feuilleton dejournal, où dans la familledu héros Obma- nofF, la police a cru reconnaître celle de Romanoff, fut pris au saut du lit et, sans autre forme de procès, expédié, en plein hiver, dans les fins fonds de la Sibérie. Pour toutes ces considérations, M . Fedo- roff, justement indigné du sans-gêne du falsificateur, écrivit une