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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/170

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MERCVRR DK FRANCE— 1Ç-1-1909 pour conserver à la langue littéraire ua caractère roumain plus autonome et endiguer, s ’il est encore possible, la corruption, par le charabia des journalistes et des petits fonctionnaires, de l’i­ diome national, a cette langue roumaine d ’après laquelle, mieux que d’après les récits des livres et les images de nos églises, nous pouvons nous représenter ce qu’étaient nos ancêtres, puisqu’ils y ont mis leur âme même » (Jorga). C ’est le désir qu’exprimait déjà le roi en chargeant l’Académie de rédiger le Dictionnaire u pour sauver de l’oubli ce trésor de vocables anciens, d’origine souvent slavone, grec­ que ou turque plus que latine, mais qui constituent l’originalité et la richesse de la langue (1) ». On voit désormais paraître des traductions qui sont des travaux de lettrés et qui, chefs-d ’œuvre étrangers pour le fond, conservent* dans leur nouvelle forme, leur valeur de modèle pour la littérature roumaine. Tel est le cas du Pêcheur d’Islande, que la maison Minerva doit à M. Sandu-Àldea. L ’amour du sol, chez cet écrivain délicat, sa tendresse pour les humbles, un sentiment profond de la nature, son style tout fleuri de termes choisis et de noms populaires de plantes et d’objets, une spéciale sensibilité congénère, l ’indiquaient plus que tout autre pour mener à bien la tâchede transposer en rou­ main le charme indéfini, la musique de la phrase de Loti avec ses résonances exquises et ses corrélations profondes. La traduction des scènes en mer, de certaines descriptions de tempêtes peut être estimée un véritable tour de force. Presque en même temps, M. Sandu publiait un recueil âeNouvelles sous le titre de la première et la plus étendue : Sur la roule da Ba- ragan. L ’inspiration de M. Sandu, comme le remarque M. Eug. Lovinescu, analyste toujours pénétrant (Conuorb. crit., Il, 17), est une des plus rustiques, peut-être la plus rustique de toutes entre les nouvellistes roumains; c’est une sorte de Grigoresco de l’écritoire, aux tableaux énergiques et sobres. Il connaît les êtres de la campagne sous tous leurs aspects, il les a pris sur le vif et il les comprend.Son drôle decorpsde Mitrea Cazacu, rôdeur, maquignon, garçon d’auberge, assassin et toujours sympathi­ que, vaudrait la peine de devenir le héros d’un roman plus poussé qui tiendrait par le menn toute la vie de cet immense Baragan de guérets et de mirages et celle de ses hôtes étranges. Il y aurait là à créer, un type 1 Un fait réjouissant se produit dans la librairie roumaine : chacune des grandes maisons d’édition, Alcalay,le premier en date, Minerva, ti) Signalons à ce propos le tout nourcaa Dictionnaire orthographique de la langue roumaine, par M St. Pop.