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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/167

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REVUE DE LA QUINZAINE 35g cessives de sa digneépouse, dont il était pourtant en droit d’attendre — vu l’âge presque avancé de Clémentine — un peu moins d’apti­ tudes à la grande vie? Après avoir analysé avec sérénitél’idée d’hon­ neur, don Fausto a jugé qu’il ne convenait pas de s’en rendre martyr et que les idées métaphysiques sur ce chapitre sont préjudiciables à l’estomac. Utile philosophie par les temps qui courent! Je la signale à des amis qui, n’étant point, comme don Fausto, du pays du point d’honneur, devraient se mettre encore plus aisément que lui à la hauteur d’une situation, au reste peu exceptionnelle. Mais le roman de Pio Baroja n’est pas seulement l’histoire des avatars de Clémentine et de l’efFondrement du romantisme politique et moral de son mari : ce singulier ménage vit au milieu d’une tourbe, plus singulière encore, de déracinés espagnols et de rastas sud-américains; et nous avons, dans les Tragédies grotesques, une étude pénétrante de la conquête par Paris de ces pauvres épaves sans foyer,tsans clocher, si bien prédisposées à la terrible emprise. « Nous autres, Paris nous engloutira », avait prédit le jeune Yarza, basque comme l’auteur, et le seul de ses personnages qu’il n’ait pas traité avec sa férocité coutumière. Il semble même que plus d’une fois Pio Baroja lui ait fait exprimer ses propres jugements sur Paris, sur la France, sur l’Espagne et sur les Sud-Américains qui ne sontvraiment pas flattés. Esprit faux d’ailleurs, âme aigrie et qui, m algré toute l’énergie de la race, finira elle aussi par s’user, cet original Yarza nous repose en tout cas des comparses de Clémentine.ces pantins tous grotesques, tous cyniques, tous savoureux, chevaliers d’industrie pour la plupart, dignes frères des ruffians de Cervantès et qui n’au­ raient certes pas déparé la confrérie de YEstàfon où Queverdo enrôla son immortel Paul de Ségovie. Et la filiation de Pio Baroja n’est pas moins certaine que celle de ses héros : c’est un écrivain de la bonne race, ennemi des vaines rhétoriques, rebelle à toute influence étrangère, doué d’une agressive et robuste originalité. Nous ne nous étonnerons donc pas que son roman, pour se passer à Paris, n en soit pas moins bien espagnol, au rebours de tels ouvrages de certains compatriotes de Baroja qui trouvent moyen do nous présenter, dans des cadres très espagnols, des romans trop parisiens. Tel n’est assurément pas le cas de M. Pedro de Repide. Ce jeune Madrilène est au contraire de ceux qui prêchent avec le plus d’ar­ deur le retour à la pure tradition des lettres castillanes. Dans le n° d ’octobre 1907 de Renacimienlo, il faisait précéder plusieurs de ses exquis poèmes d’une profession de foi dont je détache ces quelques lignes fortjustes, et qui viennent à pointaprès notre critique des Tra­ gédies Grotesques : « Nous avons en Espagne un capital artistique aussi inexploité que la terre de nos champs. Le fond de l’esprit espa­ gnol, mi-hidalgo, mi-picaro, est encore le même aujourd’hui qu’il y