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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/166

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358 MERGVRK DK FRANGE— 16-1 -1909 les Tragédies grotesques» troisième roman de la série intitu­ lée : le Passé. C’est sur un paysage d’automne parisien, au Luxembourg, que le rideau se lève, car elle sedéroule tout entière à Paris, la tragédiegro­ tesque qui fait le sujet du roman bien espagnol pourtant de Pio Ba- roja. L ’auteur de l’admirable Camino de perfection et de la Basca aime d’ordinaire à faire voyager ses héros, et il les a cette fois trans­ plantés hors de la Péninsule, pour essayer de faire d’eux des Pari­ siens accomplis : ça leur réussit plutôt m al! Don Fausto Bengoa, exilé par le gouvernement de la reine Isabelle, est venu aux der­ niers temps du second Empire porter ses pénates à Paris. Vieillard simpliste et bon enfant, il n’échappe pas cependant à l’excusable tra­ vers, naturel à tout persécuté politique,de se croire un homme néces­ saire à la bonne cause. D ’ailleurs il a des lettres : il admira Us Misérables et les Mohicans de Paris et a fini par découvrir que la rue Plumet quijoue dans ces pathétiques romans un si grand rôle n’est autre quo la m e Oudinot; car il s’amuse à explorer la capitale en archéologue parfois touché de la grâce du poète. Mais tandisqu’il apprend peu à peu à connaître l’intime Paris des quartiers solitaires aux vieux hôtels d’élégance sobre, aux grandsjardins pleins de silence et d’ombre, tandis qu’il arrive même à se convaincre de la beauté do Paris lorsqu’il s’estompe dans la brume, Clémentine, sa femme, qui préfère aux Gobelins et à Croulebarbele mouvement de la rue de la Paix, va faire elle aussi,mais de toote autre fsçon, son apprentissage de Parisienne. Cette ancienne modiste madrilène, type accompli de la petite bête superficielle, simiesque, puérile et dangereuse qu’est trop souvent la citadine espagnole, avide de luxe et de fortune pour elle-même et pour ses deux filles quelle tient, coûte que coûte, à marier richement, elle a l’ambition, selon son joli mot, de « voir prospérer la famille » : et comme, pour toute femme bien née, le mari en est si peu, de la famille, c’est don Fausto qui va trinquer. Elle trouve d’ailleurs en la personne de Mme Savigny la plus experte des initiatrices : vraie Parisienne, ancienne modiste elle- même, cette petite vieille désinvolte aux lèvres peintes devient vite la confidente, la conseillère de Clémentine, l ’arbitre des élégances et comme la maîtresse de cérémonies de ce monde d ’authentiques restas quigravite autour de la femme et des filles de Bengoa. Elle aidera Clémentine à caser ses deux filles,elle lui procurera, pour elle-même, d’avantageux... placements. Et don Fausto, qui s’est déjà découvert Parisien, même par temps de brume, saura encore, pour notre édi­ fication, se découvrir philosophe. Vraiment, n’est-ce pas là le m eil­ leur du roman que l’exemplaire histoire de ce pauvre homme, de caractère pacifique, un peu médiocre, mais capable tout de même de bien des délicatesses, comme de savoir se résigner aux frasques su c­