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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/161

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REVUE DE LA QUINZAINE 333 dans un choix incomparable. Joignez-y révérencieusement les Sélec­ tions from the Poems of Lionel Johnson, encore un poètemort avant l’heure et dont on méconnut le talent. Des critiques pontifiant déclaraient négligem m ent qu’il n’était qu’un versificateur, habile, certes, nourri des meilleures réminiscences; érudit, avec un sens critique affiné et une mémoire prodigieuse, Johnson était un vrai poète et pour quiconque a connu cet être tourmenté, étrange­ ment mystique et passionné, il n’y a pas de doute possible. A les relire maintenant, ces vers révèlent une rare nature de poète et ils vous obligent à les reconnaître pour de la grande poésie. Mais le souvenir des disparus ne doit pas nous faire oublier nos devoirs envers les vivants; parmi ceux-ci, en tout premier lieu, au seuild’un beau jardin d’automne, Mr Edmund Gosse nous tend les mains en souriant. Avec une cordialité réservée, avec une grâce élé­ gante et digne, il noos accueille et nous promène par les allées et les parterres, les pelouses et les boulingrins, les bosquets et les char­ milles, les avenues et les perspectives, les gloriettes et les belvédères, sur les quinconces et les terrasses, et même parfois il nous égare malicieusement dans les labyrinthes. The Autumn Garden, le ravissant domaine deM r Gosse, est garni,planté, ornementé avec on art exquis. De cent endroits divers, au cours de ses voyages chez des peuples étrangers, le poète a rapporté des parures pour son jardin et des trésors pour son esprit. Tout y estdu goût, le plus pur et du choix le plus judicieux. Comme les beaux-esprits du xviii® siècle, qu’ilcon­ naît si bien, Mr Gosse est un grand seigneur artiste; avec une iro­ nique révérence, mais ironique si légèrement! de très bonne heure, pour ne pas être pris au dépourvu, il salue la vieillesse qu’il prétend loger dans son jardin d’automne. Mais, poète, vous vous êtes trompé: jam ais la vieillesse n’entrera; elle a très bien deviné que les splen­ deurs automnales dont vous avez paré vos bosquets ne se flétriront jam ais et qu’aucune brise hargneuse ne parviendra à joncher le sol des feuilles d’or de vos charmilles. Et, consolée quelque peu parce qu ’elle vous aura ému et troublé lin instant à peine, elle passera en vous oubliant. C ’est nous tous, plusjeunes, qui, sous les ramures où les rayons d’un calme couchant accrocheront des guirlandes d’or, v o u s feront cortège en répétant vos vers et nous émerveillant. Sa n s doute,vous rencontrera-t -onsouvent,dansceschampséIyséens terrestres, en compagnie de Mr Austin Dobson, et tous deux, avec u rb anité et une affectueuse courtoisie, vous deviserez De Libris, et, entre chaque savante discussion, Mr Dobson vous récitera des v e r s qu’il aura composés, ode ou épître, en venant vous faire visite, des vers pimpants, coquets, dansants et rieurs, inspirés par quelque m éditation sur les belles-lettres. N ’est-il pas naturel d’éprouver quelque surprise quand on apprend 23