Ouvrir le menu principal

Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/148

Cette page n’a pas encore été corrigée


accent ardent, singulier, qu’on n’oubliera pas. Il échappe, lui aussi, aux dangers du système, par la passion. — La plupart de leurs imitateurs, ou disciples, autant qu’on en puisse juger d’après ca qu’ils nous montrent rue de Richelieu(exposition organisée en l’hon­ neur et au bénéfice du musée Segantini, créé à Saint-Moritz, Enga- dine), sont les victimes de leur fidélité & l’enseignement de Seurat et Segantini, de Signac et Previati. Les préoccupations techniques priment, surtout chez lesjeunes, le sens de la nature et la recherche de soi.A l’instant je lis dans une toute récente préface de catalogue cette phrase, citée de Fromentin : « Prétendre se distinguer par l’ha­ bit,quand cm ne se distingue en rien par la personne, est une pauvre et vaine façon de prouver qu’on est quelqu’un. » Plus d’un, parmi ces jeunes Italiens, se distinguerait * par la personne » s’il ne nous dérobait son originalité sous l’uniforme d’une fausse méthode* Aussi n’est-i! pas surprenant que ce saut en arrière de l’impression­ nisme par-dessus les Alpes lui ait conquis la faveur da public. Sous le pinceau des imitateurs de Seurat, celui-ci,queje ne m ’exagère pas, du reste, apparaît comme le révélateur de la beauté suprême et abso­ lue. — La sculpture échappe, naturdlement, aux critiques qu’on vient de lire. Des habiles, bien Italiens : Bugatti, Andreotti. Et l’un des plus grands artistes vivants : Medardo Rosso. 1 Encore un nouveau groupe de peintres et de sculpteurs : L a C i­ m a is e . Son président, notre confrère Gaston Vareune, convient lui- même « que presque rien ne le justifie, sinon le désir, assez légitime chez des artistes,de soumettre leurs œuvres au jugement du public ». Ce programme paraîtra bien modeste. Mais, à étudier d’un peu près les œuvres exposées, on s’aperçoit vite que leprogramme est dépassé par la réalisation. Non qu’il n’y ait là beaucoup de choses inutiles, médiocres et mauvaises, beaucoup plus que de bonnes, certes. Mais ce qui est remarquable, ce qui, dans cette galerie, est nouveau, c’est la qualité des quelques œuvres qui retiennent l’attention. Leurs au ­ daces, ailleurs, n ’étonneraient personne ; qu’elles sont insolites, ici 1 Les souvenirs poursuivent,involontairement on compare, involontai­ rement ou se retourne,devant la Carmen et la FilleEUsadeM .Har- ry Bloomfield, devant le Paysage d’Espagne de M. Edouard More- rod, devant YEnJant à la mandoline ou la Réussite de M. Léon Cauvy, devant le Saint-Germain VAuxcrrois de M. David-Nillet, pour regarder les regardants et tâcher de deviner ce qu’ils en pen­ sent. Ils ne manifestent ni enthousiasme ni indignation. Ils se tien­ nent dans une prudente expectative. En somme, ils en ont déjà tant vu ! Hors de « chez eux », toutefois, jusqu a cette heure, et l’intérêt de l’expérience était de savoir comment ils supporteraient «chez eux»