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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/140

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33a MERCVRE DE FRANCE— 16-1-1909 s’en est fallu de peu que le monde ne devînt mithriaque. Julien pen­ chait vers )eculte du soleil, le moins bête encore parmi ceux qu’il n’est pas impossible de tolérer par compassion pour la bêtise humaine. La stalue de Julien serait une leçon de plus d’une sorte : songer qu’à la fin de son gouvernement des Gaules il avait trouvé moyen de réduire les impôts de plus des deux tiers, tout en élevant le pays à un haut degré de prospérité. On graverait sur le sol la phrase d’Ammien Marcellin, qui relate ce fait de bonne administration. M. Vuagneux conclut ainsi, après un portrait de Julien des plus heureux et un sobre récit de sa mort héroïque : Et voilà l’homme que les premiers chrétiens surnommèrent VApostat* qualificatif odieux que lui a conservé l ’histoire. En réparant un oubli vis-à -vis de Julien, son premier bienfaiteur, Paris, qui a fait justice de la réprobation dont souffrirent autrefois certains phi­ losophes, atténuerait en même temps la portée d’ une épithète outrageante que depuis longtemps, pour la voix publique, la renommée eût dû faire dis­ paraître. A l ’égal de Charlemagne, qui fut, quelques siècles plus tard, l ’ un des continuateurs de son œuvre, Julien ne semble-t-il pas avoir mérité les honneurs du bronze? Quel cadre pourrait être plus idoine à recevoir un tel monument que la pointe extrême de cette lie de la Cité, berctau de Paris, où des bosquets ombreux rappellent ceux que l’on devait y trouver a u x pre­ miers temps, et là même où certain jour vint à quelques-uns le désir de voir s’élever la contre-partie de ce morceau parfait en son genre : « !a Vic­ toire de Samothrace ?» Il est dans nos musées, au Louvre et à Cluny, deux statues de Julien paraissant accuser un réel accent de vérité, si l’ on s’en rapporte au portrait que son contemporain nous a laissé du modèle: « II éiait, écrit Ammien Mnrccllin, de moyenne taille, et avait naturelle­ ment la chevelure lisse, comme ai le peigne y eût passé ; la b arbe rude, fournie et terminée en pointe. Ses yeux étaient beaux et le feu dont ils bril­ laient décelait un esprit qui se sent à l’étroit. Les sourcils étaient bien des­ sinés, le nez droit, la bouche un peu grande, la lèvre inférieure proéminente, le col gro s et incliné, les épaules larges et la poitrine développée. Tout son corps, de la tête aux pieds, présentait les plus exactes proportions e t déno­ tait un être vigoureux et agile à la course. » Ces marbres, qui, d ’après les catalogues, ont été découverts à Paris, à peu de distance l ’ un de l’autre, au commencement du dix-neuvième siècle, seraient dus au ciseau d’habiles praticiens de la Grèce, auxquels les aurait commandés Lutèce, du vivant de son Mécène. Ils rappellent l ’époque du Bas-Empire. Les deux figures, drapées au maintien de la plupart des pro­ ductions de la statuaire antique, sont en tous points semblables, si c e n’est qu’une couronne impériale orne le chef de celle de Cluny, l’autre étant diadumène.Mais telles que nous les voyons, dans leur simple et noble atti­ tude, elles paraissent cependant très susceptibles de servir de documents à nos artistes dont l’inspiration toujours avisée saurait trouver la forme défi­ nitive d’une œuvre apte à consacrer, par son caractère, le souvenir d e leur primitif et puissant protecteur en ce pays de France.