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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/137

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REVUE DE LA QUINZAINE tisme ; mais, à la lumière de cette théorie, vous les accepterez dorénavant pour ce qu’ ils sont, et vous jouirez d’eux dans une paix nouvelle et dans une joie nouvelle, n’attendant rien d’eux... » Vers i 83o, les Jeune-France s’opposaieut aux Philistins, formant ainsi deux catégories distinctes que l’A rt divisait. Récemment, nous avons été dreyfusards ou anti-dreyfusards. N ’est-il au monde que bromides et sulfites, comme tel affirme que lasocicté comprend : les mujles et... les antres ? Il me souvient qu’à Venise, altabléau caféFlorian, en 1907, j ’ap­ pris d’un très parfait lettré qui est un excellent journaliste, — c’est M. Pierre Mortier, — que l’humanité se divisait en trois classes. On est, dans un ordre descendant, un homme chic, un poulpiquet ou un miteux. Il y a de quoi s’amuser, entre amis.... Essayez?.... Il est déjà fort honorable d’ôtre « poulpiquet»... M. Alfred Fouillée, dans la Revue bleue (12 décembre), étudie la Propriétécomme Fonction sociale et Droit individuel. Jusqu’à un certain point, le travail est cre’aleur, sinon de la matière, du moins de la forme, de la fin , de l’usage en vue de cette fin. En consé­ quence, l ’être conscient, «yant la volonté de complète conscience, a logique­ ment droit: x* à posséder une partie des instruments naturels qui sont nécessaires à son travail; 20 à posséder le vrai produit de son travail, c’est- à-dire ce qu’ il a créé par son activité consciente. Plus loin, M. Fouillée dira : « Dans toutes ses manifestations, la vie est une appropriation 0; et, par une admirable souplesse do rai­ sonnement, il basera là-dessus une forte discussion du communisme. La collectivité met à la disposition des individus une multitude de biens sociaux et d’instruments sociaux qui sont différents desoutils ou machines. Elle met surtout à la portée des individus la science collective, l ’éducation collective, la morale collective, la protection de la ju stice collective, le gouvernement collectif, etc., eic. Nous baignons tous dans une atmosphère sociale, dont nous recevons de quoi respirer et vivre. La science, répandue en masse, est le trésor immense et indivis, qu’il faut avant tout grossir et distribuer le plus également possible, pour unir les esprits par ce lien indissoluble : la vérité. On peut sans doute remarquer, avec Gabrid Tarde, que,si la science est c e qui nous divise le moins, elle est peut-être, de no« jours, ce qui nous inégalise et différencie le plus. En effet, l ’é­ ch elle des degrés de savoir, qui ne sont accessibles q u ’à quelques intelli­ gences d’élite, ne cesse de se hausser depuis le moyen âge et produit ainsi une grande inégalité intellectuelle. De plus, chez les savants qui fo n t la science, celle-ci est chose très divisée et très individualisée, et c ’est préci­ sément alors qu’elle a le plus de prix. Au contraire,en s e répandant e t s e - galisant parla vulgarisation, par l’instruction moyenne, la science perd la majeure partie de sa valeur, qui devient banale et commune à tous. —