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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/129

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REVUE DE LA QUINZAINE doxe est fort ! Que nos professionnels d’idéalisme sont gens ridicu­ les? Soit, mais ceux qui ne «jugent le présent que par rapport à l’a ven ir» ne sont-ils pas suspects d’idéalisme? Que l’on n’a pas assez rendu justice à l’amour del’ouvrier pour sa machine? Soit, le sabo­ tage mis à part; mais quand on a l’âme aussi sentimentale, opti­ m iste et confiante, on devrait être indulgent pour les philosophes qui, voyant le bien plutôt que le mal, écrivent : « Malgré de trop fré­ quentes déviations, la démocratie est par elle-même moralisatrice. » Loin d’être hardie, cette assertion mitigée semble d’une telle pru­ dence qu’on sursaute, à la grande colère de M. Sorel : « On ne sau­ rait accumuler avec plus d’impudence d’énormes mensonges. » En vérité quand notre homme fouaille tel politicien arriviste ou arrivé, c’est pain bénit; mais quand il injurie un penseur aussi vénérable que M . Alfred Fouillée, et pour une phrase aussi anodine et aussi matelassée de réserves, il dépasse les bornes. Le grand lama de la C. G . T . est mille fois plus impudent, puisqu’impudence il y a, quand il vient nous chanter les vertus non moins moralisatrices de son anti-démocratie ou de sa sur-démocratie. Mais, au fait, c ’est se mettre bien en frais ratiocinants pour un homme qui, en fait d’ar­ guments, n ’a confiance que dans le gourdin du jacobin, le fusil de l’émeutier et le couperet de l’exécuteur. On ne discute pas avec les dévots, disait Taine; encore moins avec les tape-dur ! § S ’imaginer qu’on relèvera les salaires des ouvriers par la guerre civile est une idée de catoblépas. Mais que faut-il penser de l ’action politicienne pour améliorer le sort du prolétariat? Le problèm e des retraites ouvrières, qu’examine M. Olphe Galliard,rentre dans cet ordre d’idées. Equation difficile, certes ! L ’idéal serait que la richesse générale et particulière fût telle qu’il ne se posât pas. Et c’est ce qui a lieu aux Etats-Unis, où les travailleurs, richement sala­ riés et initiativement prévoyants, s ’assurent eux-mêmes, soit aux grandes compagnies spéciales (et alors dans la proportion de i sur i8 , contre i sur 120 chez nous), soit à d’innombrables sociétés mu­ tualistes qui demandent des primes bien moins élevées. Mais rien n e dit que cette prospérité soit définitive ; l’expansion économique des Etats-Unis se ralentira forcément, et le prolétariat ouvrier s’empirera de par l’immigration slave, juive et levantine. Dans tous les cas, n o s vieux pays d’Europe ne sont pas dans une situation aussi favo­ rable; de là les efforts qui s’y font partout pour résoudre adminis­ trativement le problème de l’invalidité et de la vieillesse, soit par l’obligation, comme en Allemagne et en Australasie, soit par la liberté encouragée et subsidiée, comme en Belgique et en Italie. D’autres pays hésitent; la France et l’Angleterre, qui étaient plutôt jusqu’ici 21