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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/126

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MERCVRK DE FRANCE— 16-1-1909 prête la religiosité philosophique actuelle, et c’est an contraire à mes yeux ce qu’il j a d ’excellent dans son point de vue qu’il fonde, indé­ pendamment de ce recours, la valeur et l’objectivité de la science. La science est un moyen d’atteindre la réalité dans sa multiplicité irré­ ductible et luxuriante, de la rendre saisissable à travers des loi», elle prolonge et continue l’œuvre commencée par les organes de nos sens qui sont, eux aussi, de merveilleux dispositifs en vue de faire appa­ raître au regard de la pensée les formes du réel. Sous ce jour, la science poursuit à vrai dire un but analogue à celui que poursuit l’art : manifestation et contemplation du réel. Pour susciter des réa­ lités différentes de celles que les artistes représentent, les grands savants, ceux qui d’instinct se sont dégagés de la superstition de la Vérité, n ’en éprouvent pas moins, en face des aspects du monde qu’ils découvrent dans l ’infiniment grand ou dans {’infiniment petit, une émotion de même nature que celle dont les artistes sont animés. Dans l’introduction à son ouvrage, M. Dubufe s ’est attaché à mettre en relief, avec beaucoup de force et de pénétration, l ’importance de l’Art pour la connaissance de la seule vérité qui nous importe, la réalité aux mille faces. « Oui, dit-il, là où l’écrit a pu trahir, où l’homme a menti, la pierre toujours dit vrai. Le senl regard d’un portrait peut démentir tout le roman d’une histoire. Tout le symbole des passions ou des rêves d’un temps peut tenir en la façade d’un temple qui est le visage d’une idée. » Et c’est sous le jour de cette idée maîtresse qu’il a, dans les quatre divisions qui composent son ouvrage, considéré les manifestations historiques de l’A rt selon leur valeur symbolique, religieuse, politique et sociale. Dans la Découverte de la Vie, considérant le même objet esthé­ tique, M. Gérard de Lacaze-Duthiers s’était appliqué à montrer que le but unique de l’A rt est de manifester ce qui, dans la vie, est vérita­ blement la vie, ce qui est adéquat à l’activité véritable qui s’y déve­ loppe et d’éliminer, par coaiparaisou. ce qui est faux semblant, ce qui est inharmonique et inadéquat. L ’art est ainsi incorporé au mouvement même de l’évolution, il eu consacre les modes valables par le caractère de perfection achevée dont il leur imprime le sceau. Peu importe donc la forme qu’il revête pour réaliser cette mission, telle est l’idée que l’auteur expose sur toutes ses faces dans son nou­ vel ouvrage d’esthétique et de critique, l ’Unité de l’A rt. Il n’y a donc pas à établir dehiérarchies entre les diverses formes d’art, archi­ tecture, musique, peinture, ou prose ou poésie, non plus qu’entre les manifestations anciennes ou modernes de l’art, toutes les formes sont bonnes du moment qu’elles réalisent le contact avec la vie et il n ’j a à distinguer qu’entre l’art véritable et le faux ax*t celui qui, sous un formalisme emprunté, artificiel ou désuet, n ’étreint pas la vie. Je seraisaprès cela mal venu à critiquer la forme de l’aphorisme adoptée