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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/115

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HBVUK DE LA QUINZAINE nent sous la plume, auraient pu trouver leur place dans cette antho­ logie, m ais qu’ils attendent avec patience : je leur dirai, en secret, qu’ils ont beaucoup plus de talent que la plupart des nouveaux venus, dans ce recueil. s L’étude que M. Martin-Mamy consacre à M. Fernand Gregh, dans son volume : Païens d’aujourd’hui, me permettra de faire quelques réflexions su r l ’école dont ce poète est le chef, et que M. Martin-Mamy appelle l’école dn bon sens. O n pourrait dire de la banalité. Prenons ce poème : Promenade d‘Automne, cité et exalté dans cette étude : on y trouvera tous les accessoires de la vieille poésie romantique : l’étang, les cygnes, les blancs sillages, les ors du bel Automne, le doux parfum des chrysanthèmes. Je erte : Et je m’endormirais comme aux bras de ma méte, S’il fallait m’endormir par ce soir pacifique, Remerciant la vie étrange et magnifique D’ avo ir mêlé ses maux de délices sans nombre, Souriant au soleil, n’ayant point peur de l’ombre. Espérant dans la mort d’ un espoir invincible l Car tout ne trompe pas, car il n’ est pas possible Que mes pleurs devant ce beau soir n’aient pas de cause Et ne répondent pas ailleurs à quelque chose, Que cette ample beauté si douce et si sereine Necouvre pas un peu de bonté souterraine ; Et que mon âme enfin, douloureuse ou joyeuse. Mais qui reste pour moi toujours mystérieuse, Ne cache pas, peut-être au plus secret en elle, Un mystère de plus qui la fasse éternelle ! Ce sont des vers fabriqués, sans émotion, sans goût et sans art. C’est de la fausse poésie et de la très mauvaise versification : aucune solidité de construction, et quelle banalité! Quant aux sentiments exprimés, ils étaient déjà usés en i83o. Je lis d’autres poèmes; ce sont des imitations de Samain et de Charles Guérin, mais sans émo­ tion sincère. Plutôt qu’une réactiou contre le symbolisme, ce groupe de poètes « humanistes » m’apparaît comme la queue du Parnasse. Humanisme? Non, humanitarisme. C ’est une poésiequi s’incline vers les pauvres, vers les ouvriers (ce qui n’est vraiment pas le rôle de la poésie). M . Gregh, dit M. Marlin-Mamy, « voudrait que se bâtisse une maison du peuple où ils apprendraient à aimer les idées... ». fju ’est-ce que ce mot « les idées >» peut donc bien représenter pour M. G regh? On ne le saura probablementjamais. Mais il veut bâtir sa maison du peuple : Bâtissons la Maison du Peuple, en équité !