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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/112

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MERCVRE DE FRANCE— 16-1-1909 pour échapperau tête-à -tête. Il s’agit là-dedans d’aimer un Monsieur qu’on ne peut pas aimer et de prendre en grippe un Monsieur qu’on aime. J’ai remarqué que l’âme féminine dite moderne est pleine de ces contradictions fatigantes. On visite Rome en détail et on fuit le plus possible son propre intérieur, tellement on a peur d’y apercevoir I imagéede son compagnon. Puis il s’agit d’un fiancé très aimé qu’on ne veut ni épouser ni prendre pour amant, parce qu’il a été trop le rêve et sans doute trop au-dessous de réalité. Maintenant on est entre artistes et on est libre de se payer des études de mœurs ainsi que des pochades, j ’allais oser dire : passades. L ’art excuse tout, même le guide Joanne en amour. Les Pourpres, par CélestinPontier. L ’auteur se propose d’étu- dier le monde social contemporain et déclare vouer sa vie à cette œuvre. Il divise ainsi son petit travail : les romans de l’amour, les romans de la race et les romans de la mort. Il en a bien pour toute son existence, en effet. Honneur au courage des jeunes, car il doit être jeune pour oser nous déclarer ça aussi tranquillement. Le pre­ mier livre de la première série, c ’est-à -dire des romans de l’am our, s’appelle: les Pourpres, et il n’y est aucunementquestion de l’amour, car on y parle surtout de religion. C ’est l’histoire d’un conflit pro­ vincial entre un évêque, un jésuite, une supérieure de couvent et un prêtre écrivain qui tente de réformer le catholicisme. Cela se passe à Lyon, la ville occulte par excellence. On nous y fait le procès d ’une congrégation qui fabrique des dessous pour les grands magasins, celui d’un pauvre diable de curé de village, porté aussi sur le japon, et on nous montre les inconvénients des sociétés fondées pour le déve­ loppement du goût du devoir chez un peuple d’électeurs.Le triomphe de l’évêque et de son éminence grise, le père Ambrois, s’achève dans une apothéose esquissée déjà dès le début de l’œuvre. Ça nous ramène au déluge, il me semble?Enfin, ce n’est peut-être qu’un pro­ logue. Attendons les romans de l’amour. Conflit d’âmes, par Jean Bertheroy. Contrairement à l’habi­ tude, on nous présente une jeune Parisienne, d ’uneintellectualité très peu soignée, vis«à-vis de jeunes provinciales qui lisent et qui étudient fort intelligemment les bons auteurs, m algré qu’elles en passent les passages risqués, signe d’une grande sûreté d’instinct. A la place de ce petit notaire, un peu trop scrupuleux, j ’aurais préféré une des demoiselles Buirette à cette Viviane, très Parisienne dans le mauvais sens du mot et qu’une robe de la grande couturière émeut au point de lui faire oublier non seulement la tendresse de ses parents adop­ tifs, mais aussi l’homme qu’elledoitaimer. C ’est simplement une âme de trottin. Ou peut toujours prendre une Parisienne ordinaire pour maîtresse; il ne faut jamais en faire sa femme: les poupées s’achè­ tent, mais ne s’épousent pas. Maintenant il y a la Parisienne extra­