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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/108

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3oo MBRCVRE DE FRANCE-iô-i -içog m.del. — Je vous assure que, si vous étiez sorti, vous ne prendriez pas la défense de l’Administration. m. desm . — L ’Administration est incapable, et je ne la défends pas, croyez-le bien. Mais je suis certain aussi que le public est un peu impatient. De là le conflit. m.del. — Je vous accorde le second point puisque vous m’ accor­ dez le premier. Cependant, si le public est incorrigible, l ’Adminis­ tration ne l’est peut-être pas,et... m. desm. — ... et il faut protester, n ’est-ce pas? u.del. — Il me semble. m. desm . — Vous croyez par des mots réformer des actes? m.del. — Si tout le monde criait? m. desm . — Cela ferait du bruit, voilà tout. m.df.l . — Un journal a conseillé des réclamations, des procès. m.desm . — A quoi bon? Nous sommes dans un engrenage dont rien peut-être ne peut nous délivrer, pas même une révolution, ca r le lendemain la logique des choses reprend le dessus et donne à M . de Pontich un successeur qui est un autre Pontich. m.del. — Vous êtes désespérant. m.desm . — Allons, pourquoi voulez-vous qu’un monsieur, inamo­ vible de fait, assuré d’une belle pension de retraite, se contraigne à faire son métier? Pontich a pris ses trois jours de vacances et les a peut-être passés à fouler, le fusil sous le bras, la neige vierge.Quand il est rentré, il a fait activer le feu dans son bureau et il a lu philo­ sophiquement les journaux qui le traînaient dans la boue qu’il avait faite. Ensuite, il a donné la signature qui lui assure une noble gra­ tification de fin d’année et une voiture l’a mené chez lui où il a déjeuné fort bien. Les injures dont on le couvre lui font un sujet de conversation, car il est jovial. m.del, — Vous le connaissez ? m.desm . — Nullement, d ’ailleurs il n’est rien qu’un symbole, m ais je connais l ’administration et les administrateurs. Rien ne lesém eut. Les ordres sont donnés une fois pour toutes depuis Napoléon I*r, en de certains cas depuis Louis XIV, voire depuis Philippe-Auguste. La seule différence entre jadis et aujourd’hui, c ’est que jadis une autorité les surveillait et qu’aujourd’hui ils sont l’autorité même. Une seule règle les guide, le « précédent ». Nous nous chinoisons de plus en plus, car ce n’est pas l’Europe, m algré ses prétentions, qui a de l’influence sur la Chine; c’est la Chine, au contraire, qui nous donne ses institutions et,la première de toutes, le mandarinat. m.del. — Et vous concluez? m.desm . — Rien du tout. Me croyez-vous assez simple pour demander des réformes ? Sans doute, on peut supposer un Etat où le fonctionnaire incapable serait aussitôt révoqué, m ais cela amènerait