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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/105

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LES SOUTIENS DE L’ORDRE du Cercle démocratique vaut à notre maire des amitiés nom­ breuses. J ’ai appris, monsieur le curé, que, vous aussi, vous deveniez très populaire. — Les habitants de Beauséjour sont bons, réponditl’abbé. J’ai reçu un excellent accueil, même chez les socialistes. Je suis allé voir Charlou, qu’on disait le plusfarouche. Sa femme m’a introduitdans une pièce qui est à la fois une chambre et une cuisine. Un petit garçon et une petite fille jouaient sur le plancher; un autre garçon, qui peut avoir douze ans, frappait à coups redoublés avec un marteau, sur le mur, par manière d’amusement. Quand j’entrai, le petit garçon dit à la petite fille : « Voici le ramoneur qui vient pour t’emporter dans son grand sac. » Alors, elle se mità pleurer en se cachantla figure avec ses mains. La femme de Charlou donna une taloche à son garçon, pour lui apprendre, disait-elle, à mieux recevoir monsieur le curé; puis, elle se confondit auprès de moi en excuses. J ’ai compris, monsieur le comte, que ces enfants n’é­ taient pashabitués à voir des ecclésiastiques dans leur maison. « Il y avait sur la table une soupe fumante. La femme de Charlou me dit que son mari était allé chercher du tabac. Quand il revint, je constatai que ma présence lui causait de l’ahurissement. «Charlou est,comme vous le savez, un gros garçon, pas très intelligent. Il est convaincu que nous sommes responsables de la misère ouvrière et paysanne. « Monsieur le curé, m’a-t -il dit, savez-vous chez qui vous êtes ? chez un socialiste. « Monsieur Charlou, lui ai-je répondu, cela ne vous empê­ che pas d’être un de mes paroissiens. Voilà pourquoije viens vous voir. D’ailleurs, si nous suivions tous les commande­ ments de Dieu, nous serions tous socialistes. « Monsieur le curé, a-t -il alors repris, si vous êtes curéde cette manière, nous nous entendrons toujours. « Puis ila ajouté qu’il avait adopté un enfant orphelin; et il m’a montré le petitgarçon quifrappaitdu marteau surle mur. « Je lui ai réponduque le bon Dieu avait une place dans son paradis pour celui qui adoptaitles orphelins. Nous nous som­ mes séparés, Charlou et moi, très bons amis. Je l’ai même invité à venir boire de la bière à la cure. — Monsieur l’abbé, s ’écria M. de La Musardière, je vous