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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/104

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MBRCVRE DE FRANCE— 16-1-190g Il ralentit sa marche, puis gravit rapidement la côte qui conduisait à la demeure des La Musardière. Là-bas, la plaine apparaissait toute bleue sous la lune ; l’atmosphère était hu­ mide et pénétrante ; une brume légère voilait à demi l’armée innombrable des étoiles, comme durant les belles nuits d’au ­ tomne. De dernières feuillesjaunies et mouillées tombaient en voletant sur la route. M. de La Musardière attendait Binet dans son cabinet de travail. Quand le maire eut demandé des nouvellesde Mmede La Musardière, qu’il était confus de n’avoir pas visitée après le mariage de sa fille, la conversation sauta sur la politique- Binet affecta de ne pas paraître plus affligé qu’il ne devait de l’attitude, à son égard du Cercle démocratique. — Je vous conseille, dit M. de La Musardière, de prendre position, dès maintenant, pour les élections législatives du printemps, de constituer un comité, et de vous assurer des partisans. C’était aussi l’avis du maire. La parole chaleureuse de M.de La Musardière l’excitait à la lutte. Il fut convenu que les conservateurs continueraient de l’aider d’une manière occulte. Binet assura au comteque la tyrannie dela Loge etdu Cercle démocratique commençait à lui peser lourdement. — Savez-vous, lui dit M. de La Musardière en le recondui­ sant, quej’ail’intention de proposer à la société de chasse de faire courir la prochaine dans les bois qui avoisinent Beausé­ jour ? Binet approuva ce projet. Ce serait l’occasion, pour le vil­ lage, de recevoir de nombreux visiteurs et pour lui-même de se concilier de nouvelles sympathies. Le maire de Beauséjour ne rapporta rien de celteentrevue, qu’il ne sût déjà; mais, comme il avait trouvé excellentes les liqueurs de M. de La Musardière, il sortit du château avec des idées encore plus libérales que lorsqu’il y était entré. Il se promit de dédaigner l’étroitessed’esprit et le sectarisme de ses adversaires, et de continuer, malgré eux, de fréquenter M. de La Musardière. — Monsieur l’abbé,disait, quelquesjours après, ce dernier àM. Picquenet, je suis fort content. Je ne doute point que les prochaines élections ne nous soient profitables. De tous côtés, Binet reçoit des témoignages de sympathie. L ’attitude sectaire