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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/103

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LES SOUTIENS DE L’ORDRE XVIII Binet avait obtenu que ses protestations fussent insérées dans le « Journalde Vince ». Il s’y plaignait que le Cercle démocratique l’eût condamné sans l’entendre. Il protestait de son républicanisme, et terminait par un appel à l’union de tous les républicains. Le Cercle démocratique y répondit par un articlevirulent : «Electeurs,y lisait-on,dans quelques mois nous serons appelés à élire un nouveau député. Le nommé Binet, qui parle de faire l’union entre les républicains, médite, au contraire, de réaliser la désunion, en se présentant contre notre cher député Gambade, avec l’appui de la coalition césa­ rienne et cléricale. Mais maintement que les républicains sont avertis, nous sommes persuadés que les projets de ce vil ambi­ tieux seront anéantis avant même d’éclore au £rand jour de la discussion publique. » Cette lutte amusait fort M. de La Musardière. Il se devinait une des causes de ladéfaveur momentanéede Binet. Si Binet, pensait-il, est chassé par les anciens amis, il devra se mettre tout à fait de notre côté. — Je vous le disais, répétait-il sans cesse à l’abbé Picquenet. Bientôt, que nous le voulions ou ne le voulions point, nous formerons deux grands partis : celui de la désorganisation sociale, et celui de l’ordre. Binet, à qui il est indifférent d’ap­ partenir à l’un ou à l’autre, et qui va selon les appels de son ambition, se verra obligé de venir complètement à nous. Cependant, Binet hésitait, 11 n’avait pas reparu, depuis quelquesjours chez les La Musardière, après son excommuni­ cation du Cercle démocratique. Un matin, il reçut un billetdu comte. Celui-ci l’invitait, à monter, à la nuit tombée, au châ­ teau: on causerait. Binet s’y rendit en se cachant. Comme il passaitdevant le café des Trois-Chênes, il aperçut le receveur de l’enregistre­ ment qui jouait au billard avec le percepteur, tandis que le patron ronflait sur une chaise, la tête ballante et la pipe entre les dents. Le café, éclairé, projetait sur la route une traînée lumineuse. Il la traversa rapidement, avant que les joueurs eussent même tourné la tête. A ce moment il entrevit l’ombre de l’abbé Picquenet, qui ■’enfonçait dans lo presbytère.