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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/102

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malade faisait le caractère triste. Mlle Lucile ne se rendit pas aux conseils de sa mère. M . de La Musardière pensait, au contraire, qu’un voyage pourrait lui être excellent pour la distraire de ses idées; ill es imaginait tournées désespérément vers Fouilloux, mais non, certes, pour les raisons qui étaient les vraies. Mlle Lucile obtint gain de cause. Mme de La Musar­dière s’en consola en songeant que sa sœur, de près de vingt ans plus âgée qu’elle, ferait de ses filles, sans aucun doute, quelquejour prochain,ses héritières. Jamais Mrao de La Musar­dière et Mlle Héloïse de Phocans ne s’étaient beaucoup fré­quentées, depuis leur jeunesse ; il y avait de telles différences dans les manières deleur existence I Autant Mme de La Musar­dière était grande liseuse de romans et amoureuse du monde, où elle s’imaginait à chaque instant être frôlée par les événe­ments qui la séduisaient le plus dans ses lectures, autant Mlle de Phocans vivait retirée, confinée dans les préoccupations de sa piété. Mlle Lucile de La Musardière, n’eût été l’impasse où elle se trouvait, n’aurait montré, non plus, aucun enthou­siasme à aller distraire l’hiver d’une vieille tante acariâtre. Mais il importait d’abord qu’elle s’éloignât de Beauséjour et de Vince. Plus tard, ce lui serait plus facile, pensait-elle, d’initier ses parents à ses angoisses, pour découvrir ensuite quelque retraite cachée où elle deviendrait mère dans le secret.

M. de La Musardière prit prétexte de l'éloignement de Beauséjour, dans lequel il vivrait avec sa femme durant l’hiver, pour annoncer à M.le curé Picquenet qu’il devait lui enlever, avec grand regret, l’éducation de son fils. 11 le plaçait dans un collège ecclésiastique de Vince, dont l’internat lui serait, croyait-il, plus favorable. Le jeune Alain ne tirait, en effet, aucun avantage des leçons de M. l’abbé Picquenet ; son carac­tère devenait seulement, chaque jour, de plus en plus indisci­pliné. La vie d’un internat, se disait M. de La Musardière, corrigera peut-être les excès de sa nature trop indépendante.

L’abbé Picquenet accepta sans la moindre tristesse le départ de son élève. Celui-ci ne lui causait qu’ennuis et soucis de toutes sortes.

Ainsi le jour où Lucile quittait Beauséjour pour Tours, M. de La Musardière accompagnait son fils à Vince.