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Page:Mercure de France, t. 77, n° 278, 16 janvier 1909.djvu/100

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MERCVRE DE FRANCK— 16*1-1909 même les prélats fussent présents aux repas de noces. Mais Monseigneur Saint-Eloy se réclama d’un exemple ; il devait être pour lui l’unique : Notre Seigneur ne présida-t -il pas le repas des noces de Gana, où il transforma l’eau en vin ? Pendant la cérémonie religieuse, Binet monta en voiture pour se rendre à Vince. En traversant le village, il comprit queles habitants, déjà émotionnés par le mariage somptueux de M,,e Christine de La Musardière, l’étaient bien davantage encore par lalecture dujournal radical duchef-lieu.Cet organe reproduisait la bulle du cercle démocratique. Les chevaux de sa voiture allaientau pas. Le mairede Beauséjourjugeait cette allurede son attelageplus digne ; elle lui permettait de mieux saluer sesadministrés. Il aperçutMm0Lebas.la femme du maré­ chal-ferrant,en toilette du matin. Elle causait avec Mme Fouri- chon,qui poussait une voiturechargée de choux, de carottes et de pissenlits. MmrLebasbrandissaitlejournal.Quandla voiture passa auprès des deux femmes, elles se turent. Binet comprit qu’ilétaitle sujet de leur conversation. Au café de la Boule,la feuillecirculait de mains en mains.Le receveur del’enregistre- mentrentra précipitammentpourn’avoirpas àlesaluer.Ainsi, il devenait suspect. Sève,par contre, lui adressa un salut m ajes­ tueux et pleinde défi;l’instituteur exprimait ainsi son triom ­ phe. Le menuisier,Gharlou, lui envoya un coup d’œil haineux. Mais quand il passa devant lecafédes Deux-Chênes, plusieurs consommateurs sortirent, qui le saluèrent avec déférence. C’était le café des réactionnaires. Binet vit là une manifesta­ tion regrettable, à laquelle ilrépondit plutôt froidement, puis il lit mettre ses chevaux au trot. A ce moment, le chien du boucher Poudevigne se lança après la voiture avec une impé­ tuosité aboyeuse : « Cet animal, pensa Binet, traduit les sen­ timents de son maître à mon égard. » Mais en cela Binet se trompait, car Poudevigue devenait d’opinions plus modérées, depuis que la clientèle du château lui était rendue. XVI Le mariage de sasœur accrut encore le désarroide M11®Lu­ cile de La Musardière, en augmentant sa solitude. Il y avait eu, dans sa chute, ledésir de selibérer, par des actes de Fat- mosphère de celte maison,où les préjugés seuls mettaientune barrière à une frivolité licencieuse. Elle pensait alors qu’épou-