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Page:Mercure de France, t. 76, n° 276, 16 décembre 1908.djvu/54

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MERCVRE DE FRANCE — 16-XII-1908

moi comme les plus naïves des méprises : par exemple cette croyance que les termes « altruiste » et « égoïste » sont des antithèses, alors que l’ego lui-même n’est qu’une « suprême duperie », un « idéal »… Il n’y a ni actions égoïstes ni actions non-égoïstes. Les deux idées sont des contre-sens psychologiques. Il en est de même des maximes « L’homme aspire au bonheur. » Ou bien : « Le bonheur est la récompense de la vertu. » Ou bien encore : « Le plaisir et la peine sont des antithèses »… La morale, cette Circé de l’humanité, a faussé, a envahi de son essence, tout ce qui est psychologie, jusqu’à formuler ce non-sens que l’amour est quelque chose de « non-égoïste ». Il faut presque être assis sur soi-même, il faut se tenir bravement sur ses deux jambes, autrement on ne saurait être capable d’aimer. Les femmes ne le savent, en fin de compte, que trop bien. Elles se soucient comme de leur première chemise des hommes non-égoïstes, des hommes objectifs.

Puis-je affirmer en passant que je crois bien connaitre les femmes ? Cela fait partie de mon patrimoine dionysien. Qui sait ? peut-être suis-je le premier psychologue de l’éternel féminin ?

Elles m’aiment toutes. C’est une vieille histoire. Exception faite des femmes malheureuses, des femmes émancipées, de celles qui n’ont pas l’étoffe pour faire des enfants. Heureusement que je n’ai pas l’intention de me laisser déchirer. La femme parfaite déchire quand elle aime… Je connais ces aimables ménades. Quel dangereux petit fauve qui sait ramper et ronger ! Et si agréable avec cela !… Une petite femme qui court après sa vengeance renverserait même la destinée. La femme est infiniment plus méchante que l’homme, elle est aussi plus maligne. Chez la femme la bonté est déjà une forme de la dégénérescence. Toutes celles que l’on appelle des « belles âmes » souffrent au fond d’elles-mêmes d’un inconvénient physiologique. Je ne dis pas tout, autrement je deviendrais médicynique.

La lutte pour les droits égaux est déjà un symptôme de maladie. Tous les médecins le savent. La femme, plus elle est femme, se défend des pieds et des mains contre toute espèce de droit l’état primitif, la guerre perpétuelle entre les sexes, lui assigne de beaucoup le premier rang. A-t-on prêté l’oreille