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Shakespear, ou de ce triste Sophocle ? Ô que le tems est bien mieux employé ! Le rimeur plaisant, le chansonnier aimable l’emportent même sur les maîtres du Parnasse. Un couplet de chanson, un vaudeville, un madrigal, un petit conte, tiennent tous les esprits attentifs ; bons ou mauvais, on rit toujours, parce que le joli est le pere de la joie, & qu’il mérite la couronne, lorsque l’homme, rendu à lui-même, & dépouillé de sa robe, ose avouer ses goûts, ses caprices, & paroître ce qu’il est.

Légers Anacréons de nos jours, qui valez ou qui croyez valoir le vieux chantre de Bathylle, accourez, aimables frivolistes, & faites disparoître le sublime Homere, le divin Platon & tous ceux qui leur ressemblent !

Oui, le joli est le dieu aimable, unique, qui met en mouvement les facultés intérieures & leur donne un ressort, une vivacité qu’elles ne reçoivent pas toujours de la vue des plus beaux objets. Le grand, le sublime ne sont point rares ; ils abondent dans la nature ;