Page:Mercier - L’An deux mille quatre cent quarante.djvu/86

Cette page a été validée par deux contributeurs.


moyen de ces poisons subtils qui saisissent à la fois la tête & le cœur.

— Vivre sans théologie, je conçois cela très-aisément ; mais sans jurisprudence, c’est ce que je ne conçois guères. — Nous avons une jurisprudence, mais différente de la vôtre, qui étoit gothique & bizarre. Vous portiez encore l’empreinte de votre antique servitude. Vous aviez adopté des loix qui n’étoient faites ni pour vos mœurs, ni pour vos climats. Comme la lumière est descendue par degrés dans presque toutes les têtes, on a réformé les abus qui faisoient du sanctuaire de la justice un antre de voleurs. On s’est étonné que le monstre noir qui dévore la veuve & l’orphelin, ait joui si longtems d’une coupable impunité. On ne conçoit pas qu’un procureur ait pû traverser paisiblement la ville sans être lapidé par quelque main desespérée.

Le bras auguste qui tenoit le glaive de la justice, a frappé cette foule de corps sans ame qui n’avoient que l’instinct du loup, la ruse du renard, & le croassement du corbeau : leurs propres clercs, qu’ils faisoient mourir de faim & d’ennui, ont été les premiers à révéler leurs iniquités & à s’armer contre eux. Thémis a parlé, & la race a disparu. Telle fut la fin tragique & effrayante de ces larrons qui ruinoient des familles entières en barbouillant du papier.

— De mon tems on prétendoit que sans