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Laisse, laisse le mien ! De ton léger sourire
Le charme décevant m’entraînerait vers toi,
Sirène qui séduis, et dont la main déchire,
              Amour, ah ! laisse-moi !

Amitié, viens m’offrir le reflet de mon âme.
Des ans, ton doux attrait, l’amour est l’ennemi ;
Heureux ! lorsque le cœur qu’un pur rayon enflamme
              Dort sur un sein ami.

D’un bien trop tôt perdu si le regret m’assiège,
Que ton aile en riant l’écarte de mes jours,
Et même quand l’hiver m’aura jeté sa neige,
              Reste, reste toujours.

Viens, tranquille amitié, t’emparer de ma vie ;
Parle encor du matin lorsque viendra le soir ;
Et prête en la berçant, à ma mélancolie,
              Le charme de l’espoir.

Près des bords ombragés d’une fraîche fontaine,
Au printemps, conduis-moi pour respirer les fleurs.
Que les fleurs s’effeuillant sous notre double haleine
              Confondent leurs odeurs.

Si j’interromps un mot, que ta bouche l’achève…
Si j’écoutais alors une vague frayeur,
Si mon bras retombait, que le tien le soulève.
              L’appuyant sur ton cœur.