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donner, ce qu’ils éprouvaient mutuellement l’un pour l’autre n’en tenait pas moins des douces illusions d’un premier sentiment. Nos affections morales semblent souvent étouffées par le tumulte de nos sens ; mais lorsqu’elles se mêlent, lorsqu’elles se confondent par hazard avec les impressions du plus impérieux de tous, elles leur prêtent, elles en reçoivent tour-à-tour une force nouvelle que leur durée ne manque pas d’accroître encore : quoiqu’on ait cru voir souvent le contraire ; le moral de l’amour l’emporte presque toujours sur le physique, quand, ce qui n’est pas si commun, il en a l’énergie, la candeur et la vérité.

Jusqu’à ce moment le pauvre Séligni ne se doutait nullement de la véritable situation de son cœur. Il s’était persuadé qu’on ne pouvait jamais éprouver qu’une grande passion dans