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mont-oriol

Le banquier demanda :

— Monsieur Oriol ?

La femme dit :

— Entrez.

Ils entrèrent dans une cuisine, une vaste cuisine de ferme où brûlait encore un petit feu sous une marmite ; puis on les fit passer dans une autre pièce où la famille Oriol était réunie. Le père dormait, le dos sur une chaise, les pieds sur une autre. Le fils, les deux coudes sur la table, lisait le Petit Journal avec une attention violente d’esprit faible toujours échappé, et les deux filles, dans l’embrasure de la même fenêtre, travaillaient à la même tapisserie commencée par les deux bouts.

Elles se dressèrent les premières, d’un seul mouvement, stupéfaites de cette visite imprévue ; puis le grand Jacques leva la tête, une tête congestionnée par l’effort du cerveau ; puis enfin le père Oriol se réveilla et rappela à lui, l’une après l’autre, ses longues jambes étendues sur la seconde chaise.

La pièce était nue, peinte à la chaux, pavée, meublée de sièges de paille, d’une commode d’acajou, de quatre gravures d’Épinal sous verre et de grands rideaux blancs.

Tout le monde se regardait, et la servante, la jupe relevée jusqu’aux genoux, attendait sur la porte, clouée là par la curiosité.

Andermatt se présenta, se nomma, nomma son beau-frère le comte de Ravenel, s’inclina profondément devant les jeunes filles, avec un salut plongeon de la plus extrême élégance, puis s’assit tranquillement en ajoutant :