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peints à l’eau par le vitrier du pays, de ses pauvres rideaux d’indienne, et des deux chaises de paille qui ne quittaient jamais leur place aux deux coins de sa commode.

Elle se sentait paysanne, au milieu de ces meubles de rustres qui disaient son origine, elle se sentait humble, indigne de ce beau garçon moqueur dont la figure blonde et rieuse flottait devant ses yeux, s’effaçait, puis revenait, s’emparait d’elle peu à peu, se logeait déjà dans son cœur.

Alors elle sauta du lit et courut chercher sa glace, sa petite glace de toilette, grande comme le fond d’une assiette ; puis elle revint se coucher, son miroir entre les mains ; et elle regarda son visage au milieu de ses cheveux défaits, sur le fond blanc de l’oreiller.

Parfois elle posait sur ses draps le léger morceau de verre qui lui montrait son image, et elle songeait combien ce mariage serait difficile, tant étaient grandes les distances entre eux. Alors un gros chagrin lui serrait la gorge. Mais aussitôt elle se regardait de nouveau en se souriant pour se plaire, et, comme elle se jugeait gentille, les difficultés disparaissaient.

Quand elle descendit pour déjeuner, sa sœur, qui avait l’air irrité, lui demanda :

— Qu’est-ce que tu comptes faire aujourd’hui ?

Charlotte répondit sans hésiter :

— Est-ce que nous n’allons pas en voiture à Royat avec Mme Andermatt.

Louise reprit :

— Tu iras seule, alors, mais tu ferais mieux, après que je t’ai dit hier soir ?…

La petite lui coupa la parole :