Page:Maupassant - Mont-Oriol, Ollendorff, 1905.djvu/213

Cette page a été validée par deux contributeurs.
207
mont-oriol

M. Riquier, les yeux hagards, les joues violettes, l’écume aux lèvres, haletait, suffoquait, poussait des hoquets d’angoisse ; et, cramponné aux bras du fauteuil, faisait des efforts terribles pour rejeter cette bête de caoutchouc qui lui pénétrait dans le corps.

Lorsqu’il en eut avalé un demi-mètre environ, le docteur dit :

— Nous sommes au fond. Ouvrez.

Le garçon alors ouvrit le robinet ; et bientôt le ventre du malade se gonfla visiblement, rempli peu à peu par l’eau tiède de la source.

— Toussez, disait le médecin, toussez, pour amorcer la descente.

Au lieu de tousser, il râlait, le pauvre, et secoué de convulsions, paraissait prêt surtout à perdre ses yeux, qui lui sortaient de la tête. Puis soudain un léger glou-glou se fit entendre par terre, à côté de son fauteuil. Le siphon du tube à double conduit venait enfin de s’amorcer ; et l’estomac se vidait maintenant dans ce récipient de verre où le médecin recherchait avec intérêt les indices du catarrhe et les traces reconnaissables des digestions incomplètes.

— Vous ne mangerez plus jamais de petits pois, disait-il, ni de salade ! Oh ! pas de salade ! Vous ne la digérez nullement. Pas de fraises, non plus ! Je vous l’ai déjà répété dix fois, pas de fraises !

M. Riquier semblait furieux. Il s’agitait maintenant sans pouvoir parler avec ce tube qui lui bouchait la gorge. Mais lorsque, le lavage terminé, le docteur lui eut extrait délicatement cette sonde des entrailles, il s’écria :

— Est-ce ma faute si je mange tous les jours des sa-