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LA BELLE ERNESTINE



La belle Ernestine ! Tout le monde a entendu prononcer ce nom ; tout le monde l’a lu dans les journaux. Depuis vingt ans, chaque année, ces trois mots : « la belle Ernestine », reviennent sous la plume des chroniqueurs ; et bien des lecteurs, sans doute, se demandent quelle est cette femme aussi connue que Thérésa ou Mlle Léonide Leblanc, dont la beauté est devenue proverbiale, et qu’on ne voit point aux premières.

La belle Ernestine est une aubergiste de Saint-Jouin, de Saint-Jouin près Étretat.

Belle ? elle le fut certes beaucoup plus qu’elle ne l’est aujourd’hui, mais elle est demeurée intéressante autant que femme du monde, curieuse à tous égards, vrai personnage de roman.

Je ne puis aller chez elle, la voir, l’entendre parler d’elle, de sa vie, sans être obsédé par le souvenir de George Sand. Oh ! si le grand et charmant romancier l’avait connue, bien connue, il en aurait