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pensionnaire parlait déjà d’envoyer chercher un chef au Havre. Mais Ernestine calma ces ardeurs : « Une reine, eh ben ! une reine c’est fait comme moi. J’vas li servir des tripes à c’te femme. J’suis sûre qu’a n’en mange pas souvent et qu’a l’aimera mieux ça qu’tous vos plats. »

La reine reprit trois fois des tripes !

Puis, à la fin du déjeuner, comme un de ces hommes en qui tous les respects sont plantés avait conseillé à Ernestine d’enlever du mur un autographe d’Emilio Castelar, elle s’approcha de l’auguste convive :

« Dites donc, la Reine, on m’a dit d’enlever ça parce que vous alliez venir. C’est-il vrai que ça vous fâchera que je l’aie laissé ? Mais voyez-vous, M. Castelar est mon ami, et, moi, je n’cache jamais mes amis. »

La reine répondit : « Vous avez eu raison. M. Castelar est notre ennemi ; mais je sais lui rendre justice ; c’est un homme de grand talent. »

Quand la voiture royale s’en alla, Ernestine, debout sur la porte, cria : « Au revoir, la Reine ! » Un monsieur présent, un peu choqué, lui dit : « Vous l’empêcherez de revenir, vous être trop familière. » Elle riposta : « Eh bien, si a n’veut pas r’venir, a ne reviendra pas. Moi je n’me