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Je suivais depuis six jours, à pied, sur les côtes de la Corse, la grande route qui, partant d’Ajaccio, contourne la mer en montant vers le nord. La montagne inculte et riche était plantée de châtaigniers, d’oliviers, d’orangers et de maquis. En traversant les villages, je rencontrais des tas de paysans inactifs, assis à l’ombre, sur des bancs de granit, vêtus de vestes sombres et coiffés de chapeaux noirs à larges bords, des hommes petits et bruns, rappelant un peu les Bretons. Les femmes, graves, ressemblaient assez aux villageoises d’Alsace.

Or, un soir, comme j’approchais de Calvi, j’aperçus de loin deux grands fantômes blancs, debout sur un petit promontoire en face de la mer.