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bien qu’aujourd’hui elle n’en rie plus guère. Elle pardonne, excuse, oublie, ferme les yeux ; elle n’a plus la vive gaieté de jadis. Les contes de la reine de Navarre, et ceux de Boccace, et les inimitables comédies de Molière nous montrent grotesques les maris trompés. Plus tard ils furent déshonorés ; maintenant ils demeurent tout simplement trompés, ni grotesques ni déshonorés ; et cette dernière manière de juger est bien la vraie.

Les opinions sur toutes choses changent tellement, qu’il était autrefois honorable et profitable en même temps d’être… coiffé par le roi. Les maris recherchaient avidement cet honneur. Un bourgeois même qu’un prince rendait père se fâchait rarement, bien que la bourgeoisie soit la seule classe de la société où l’adultère ait toujours eu de l’importance.

Dans la brillante aristocratie du dix-huitième siècle, un ménage fidèle eût été souverainement grotesque. Chez les gens du commun seuls on pouvait rencontrer ce ridicule, ce manque d’usage et de goût.

Je trouve dans la Femme au dix-huitième siècle, d’Edmond et Jules de Goncourt, un adorable tableau des commencements d’une union à cette époque. Voici quelques citations :

« … Le plus souvent, la jeune fille rencontrait le jeune homme charmant du temps, quelque joli homme frotté de façons et d’élégances… Ce jeune homme, un homme après tout, ne pou-