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L’ADULTÈRE



Je ne connais presque rien de Pot-Bouille, je sais seulement comme tout le monde, que le romancier étudie, dans cette œuvre, l’Adultère bourgeois. Cette question est éternelle et toujours actuelle. Le nouveau roman de Zola présentera cet intérêt très particulier que l’auteur, appartenant à la grande famille des écrivains observateurs, se gardera bien de faire un plaidoyer pour ou contre, et laissera la conclusion sortir des faits eux-mêmes, comme dans ce superbe livre, le plus remarquable qu’il ait écrit, à mon avis, l’Assommoir. Dès lors que je sens un plaidoyer dans une œuvre, je me mets en garde ; dès lors qu’un écrivain cesse d’être un artiste, rien qu’un artiste, pour devenir un polémiste, je cesse de le suivre, m’estimant assez grand pour penser tout seul, et ne voulant de lui que l’œuvre d’art. Les idées changent sans cesse, mais l’instinct humain ne varie pas ; la façon d’apprécier, seule, se modifie avec le temps et les mœurs. Un homme qui tricherait au jeu, qui vivrait aux dépens d’une femme et filouterait en outre les protecteurs de cette femme, serait aujourd’hui considéré comme le dernier des gueux.

Or, si l’abbé Prévost avait apporté dans son chef-d’œuvre Manon Lescaut