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tre livre Les Mémoires d’un Seigneur russe. »

Ce livre est resté, en Russie, populaire et presque classique. Tout le monde le connaît, le sait par cœur et l’admire. Il fut l’origine de la grande réputation de son auteur comme écrivain et comme libéral (on pourrait dire comme libérateur) en même temps qu’il fut le principe de son immense popularité.



Mais un autre rôle politique était encore réservé à cet écrivain : c’est lui qui devait découvrir et baptiser les nihilistes.

Une agitation vague, encore insaisissable, travaillait la nation russe, comme ces ferments de maladie qui troublent longtemps notre corps avant qu’on puisse découvrir de quelle nature est l’atteinte. Or Tourgueneff, observateur attentif et profond, remarqua le premier cet état nouveau des esprits, l’éclosion lente de cette crise des maladies populaires, cette fermentation politique et philosophique encore obscure, qui devait soulever la Russie tout entière.

Dans un livre qui fit grand bruit : Pères et Enfants, il constata la situation morale de cette secte naissante. Pour la désigner clairement il inventa, il créa un mot : « les Nihilistes ».

L’opinion publique, toujours aveugle, s’indigna ou ricana. La jeunesse fut par-